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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 13:30

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Le temps s'écoule trop vite, les heures m'échappent et les jours poursuivent leur cavalcade dissipée.
Les billets de lecture font déjà l'école buissonnière et toutes les pensées de la blogueuse indisciplinée se sont évoporées à tire d'aile vers d'autres paysages.

 

C'est officiel, ce blog est en vacances !

 

Dans la nuit de jeudi à vendredi, c'est le départ pour l'Italie !
Comme d'habitude toute la petite famille est du voyage.

Et comme d'habitude, le minimum est planifié pour laisser une large part aux envies et inspirations du moment.

Notre flânerie commencera par Venise, puis Florence, Sienne, Pise...

 

A bientôt...

 

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 13:30

La-mort-d-Ivan-Ilitch---Leon-Tolstoi.jpg 

Quatrième de couverture

Cette traduction, signée par un maître en la matière, Boris de Schloezer (1881-1969), est l'un des textes les plus caractéristiques du grand écrivain russe, un récit mondialement connu et qui rencontre toujours un immense succès, avec La sonate à Kreutzer, qu'il écrivit la même année (1889).

L'oeuvre de Tolstoï nous confronte comme toujours directement aux questions essentielles qui inquiètent l'âme humaine : ici, la prise de conscience de soi devant la mort imminente.Le héros est un fonctionnaire, magistrat, satisfait de lui et de sa vie ordinaire. Jusqu'au jour où la maladie, à travers des souffrance qui le conduisent inéluctablement à la mort, lui ouvre les yeux et le place face à lui-même, son égoïsme et sa petitesse. C'est lorsqu'il sombre dans le désespoir que le héros, de petit, devient grand, transfiguré et réconcilié avec lui-même par le sentiment d'un pardon mystique. Signe que la mort est toute proche, mais en vérité la mort n'existe pas car la peur a disparu... Serait-ce cela la rédemption ?...

 

Avis d'une lectrice du dimanche

Très beau roman !

Tolstoï évoque un thème universel : notre face à face avec la mort. Après longuement exposé un tableau pessimiste et terrifiant, l’auteur offre finalement une pépite d’espoir. Nos peurs pourraient finalement être vaincues, la mort n’incarnerait plus la finitude désespérante de l’être humain mais plutôt l’événement qui nous fait grandir.

Ivan Illitch gravit les échelons de la hiérarchie sociale grâce à ses études certes mais également par des petites combines, des connivences mesquines. Il organise soigneusement une vie bourgeoise bien réglée : il devient juge, se marie, aménage dans un bel appartement et tisse des liens sociaux rassurants. Ce portrait met le lecteur mal à l’aise car le personnage paraît détestable au premier abord. Et pourtant, aucune malhonnêteté fondamentale n’est portée à son crédit, juste un peu d’hypocrisie, une insatisfaction permanente, une futilité incommensurable. Finalement, même si le trait est forcé à dessein, c’est malgré tout la petite vie tranquille du commun des mortels que Tolstoï décrit.

Cette existence bien réglée bascule lorsqu’Ivan Illitch se voit atteint d’une maladie incurable, douloureuse, qui le conduira rapidement à la mort. Toutes ses certitudes s’effondrent car la solitude l’accable. Ses amis se détournent, et sa famille assiste, impuissante, à son agonie. La vie continue sans lui et Ivan Illitch réalise soudain l’inutilité et l’absurdité de tout son quotidien. Ces terribles découvertes amplifient sa terreur, ses souffrances physiques et morales. La description de son agonie est froide, sans fioriture.

Son seul soulagement vient par surprise, de la part de Guérassime, un jeune domestique. Le jeune paysan est resté proche du cycle naturel de la vie et de la mort. Il lui semble naturel d’apporter soins et réconfort aux êtres qui sont au soir de leur existence. Cette empathie fait avancer d’un grand pas notre juge en lui faisant prendre conscience de l’importance de la solidarité.

Et finalement le salut, tel que le conçoit Tolstoï, viendra quelques instants avant la fin : « Il chercha son ancienne peur et ne la trouva plus. Où était-elle ? Quelle mort ? Il n’y avait pas de peur parce qu’il n’y avait pas de mort ».
Avec cette phrase un peu énigmatique, Tolstoï n’affirme pas une croyance pour une vie après la mort. Mais il a le sentiment que l’homme parvient à un état de conscience qui lui fait toucher du doigt le sens de la vie. On assiste à une réconciliation d’Ivan Illitch avec ses proches et avec lui-même. L’amour désintéressé est là, toute sa rancune disparaît et sa peur s’efface. La vie offre à Ivan Illitch un cadeau ultime : la sérénité.

 

 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 00:05

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Mon blog souffle aujourd'hui ses 3 bougies...

 

Il est décidément plus facile de glaner des minutes ça et là pour lire, déguster (ou dévorer ça dépend) les inombrables romans sortis de l'imagination des auteurs (3 minutes de silence pour leur exprimer ma gratitude) que  que pour éditer mes billets, j'avoue faire régulièrement l'école buissonnière dès qu'il s'agit d'écrire mes fiches de lecture. J'ai finalement trouvé le rythme qui me convient : liberté totale, des billets lorsque j'ai le temps, lorsque j'ai envie ! Cela donne une vie irrégulière et chaotique à ce blog, mais tant pis...

Pour l'instant, il vaut mieux ne pas chercher quoi que ce soit dans le classement par auteur car je ne l'ai pas mis à jour depuis... longtemps, très longtemps ! Et si je vous disais que l'ordre des livres est encore plus fantaisiste dans mes bibliothèques réelles (Aïe, j'entends déjà vos cris d'horreur) ?

Pourquoi continuer à bloguer ? Un des aspects les plus agréables de la blogsphère est sans aucun doute les échanges réguliers avec d'autres lecteurs (souvent des lectrices d'ailleurs !) passionnés. Depuis quelques mois, j'ai le plaisir d'avoir fait connaissance "en chair et en os" de blogueuses toulousaines, et bien sûr ma PAL s'est délicieusement alourdie grâce au club Lire et délires.

Bref, les blogs et les discussions avec d'autres lecteurs accroissent considérablement l'addiction à la lecture, qu'on se le dise !

 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 00:05

 

Les-oranges-du-Maroc---Vassili-Axionov.jpg 

Quatrième de couverture

Un bateau chargé d'oranges-accoste dans un port des îles Kouriles, au sud du Kamtchatka, en Extrême-Orient soviétique. Cela se passe dans les années 1960 et, à deux cents kilomètres à la ronde, chacun abandonne ses occupations et se précipite. Cinq personnages se racontent et font le récit de leur course au trésor.

Ce roman culte, introuvable en France depuis trop longtemps, brosse avec chaleur le portrait de jeunes gens mécontents de la vie mais avides de liberté et d'air pur dans ce qui s'appelait alors l'URSS.

 

Avis d'une lectrice du dimanche

Je ne sais que dire de ce livre, qualifié de roman culte...

Dans les années 60, l'arrivage d'un bateau chargé d'oranges dans le port d'une petite ville soviétique suffit à mettre en émoi la population à 200 kilomètres à la ronde. Les habitants se pressent pour récupérer  les 4 kg de fruits auxquels ils ont droit. Cinq personnages, Victor Kalyga, Nicolas Kaltchanov, Herman Kovalev, Lucia Kravtchenko, La Racine, racontent cette course et en même temps dévoilent une partie de leur vie, leurs amours, leurs espoirs.

Il n'y a pas de suspense, pas de psychologie, pas d'intensité dramatique, pas d'analyse politique ou sociologique. Seulement l'effervescence de quelques ouvriers enchantés à l'idée d'une occasion festive, l'énergie de la jeunesse.

La vie collective semble pesante pour ces travailleurs dont les spécialités sont essentiellement la pêche et la recherche de pétrole. Quelques projets se dessinent vaguement chez certains d'entre eux, mais l'impression dominante est surtout la vie dans l'instant présent, saisir au vol quelques instants de bonheur.

Je comptais me plonger ensuite dans Une saga moscovite, mais ce petit roman m'a finalement dissuadée de lire la grande fresque de Vassili Axionov...

 

 

 

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 13:00

Autour-de-la-lagune---Alex-Papadiamantis.jpg

 

Quatrième de couverture

Choisissant son île natale comme cadre de la plupart de ses récits, Alexandre Papadiamantis a fait de Skiathos un des lieux les plus poétiques et romanesques de Grèce. Les enfants meurent, les filles sont frappées de malédiction, les hommes boivent ou partent en Amérique sans que personne ne songe à se révolter. Car sur cette île règne une force occulte ; certains l'appellent Dieu, d'autres Destinée, d'autres encore Superstition. Autant dire que Skiathos est un résumé du monde et des passions humaines, un mystère où l'espace clos devient universel. Avec Autour de la lagune, un ensemble de récits particulièrement représentatifs de la langue et de l'univers imaginaire de l'auteur, le lecteur découvrira un des joyaux de la littérature européenne du XIXe siècle.  

 

Avis d'une lectrice du dimanche

A travers treize nouvelles, Alexandre Papadiamantis déroule la vie au XIXe siècle dans une île repliée sur elle-même, Skiathos. Ces récits, à la fois réalistes et satiriques, racontent le quotidien, la misère, la mort qui survient toujours trop tôt, les superstitions, la caprices de la nature. Les hommes n'ont pas beaucoup d'autres alternatives que de devenir marins, et les femmes travaillent dur pour élever leurs enfants. Les quelques moments de pause dans le labeur sont meublés avec l'alcool et l'église ! 

Dans cette vie rustre et frugale, les sentiments d'amour et d'amitié occupent une place mineure :
"A n'en pas douter, les pères aiment leurs fils parce qu'ils les considèrent comme bons à trimer et contribuer à caser leurs soeurs. Ils s'arrogent et revendiquent un pouvoir despotique entre eux. Les mères, de leur côté, aiment leurs fils parce qu'elles voient en eux des sauveurs de dots (dans laquelle elles trouvent leur intérêt) et des bâtons de vieillesse. Elles chérissent tout autant leurs filles, bien qu'elles voient en elles un lourd fardeau, et lorsqu'elles s'en débarrassent en le chargeant sur les épaules de leur gendre, elles ressentent un secret soulagement d'avoir pu se défaire de ce qu'elles désignent par le terme péjoratif, abject de "sac".

Ces nouvelles sont plutôt agréables à lire malgré une certaine uniformité. Les récits reflètent cette vie d'alors : une existence un peu morne, parfois ébranlée par les soubresauts du destin. Les psychologies sont sommaires, la mort est attendue avec résignation...

 

 

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 13:00

 La-legende-de-nos-peres---sorj-chalandon.jpg

 

Quatrième de couverture

Sorj Chalandon, 57 ans, a été journaliste à Libération. Ses reportages sur l'Irlande du Nord et le procès Klaus Barbie lui ont valu le prix Albert-Londres en 1988. Il a publié, chez Grasset, Le petit Bonzi (2005), Une promesse (2006, prix Médicis) et Mon traître (2008).  

"J'ai laissé partir mon père sans écouter ce qu'il avait à me dire, le combattant qu'il avait été, le Résistant, le héros. J'ai tardé à le questionner, à moissonner sa mémoire. Il est mort en inconnu dans son coin de silence. Pour retrouver sa trace, j'ai rencontré Beuzaboc, un vieux soldat de l'ombre, lui aussi. J'ai accepté d'écrire son histoire, sans imaginer qu'elle allait nous précipiter lui et moi en enfer..."

 

Avis d'une lectrice du dimanche

Quel livre émouvant, captivant !

Le narrateur, Marcel Frémaux, a d'abord affuté sa plume dans un journal, puis le métier de biographe familial s'est imposé à lui. Il lègue à des parents ou amis proches, des récits de vies qui seraient restées dans l'anonymat sans son talent de conteur. Quel beau cadeau pour une fête familiale, pour la mémoire des générations futures ! 

Un jour, Lupuline Beuzaboc se présente à son bureau pour qu'il entreprenne le récit de la vie de son père, Tescelin, ancien résistant. Cette commande rencontre un écho affectif presque douloureux dans le coeur du biographe. Son propre père, Pierre Frémeaux, était lui-même un résistant de la première heure, arrêté et déporté à la fin de la guerre. Ce combattant de l'ombre a toujours eu une vie discrète, humble, et la mort l'a finalement emporté avant que son fils soit suffisamment mature pour écouter son histoire. A travers cette biographie, Marcel Frémaux espère passionnément honorer à la fois la mémoire de son père et celle de Beuzaboc.

J'ai beaucoup aimé les passages où il parle du métier de biographe (à mon avis, LE métier de rêve !!!) et comment il construit son récit, sa manière d'écouter...

J'ai retrouvé dans cet ouvrage les thèmes déjà rencontrés dans "Mon traître" : l'admiration pour les héros qui luttent contre la répression, le désespoir face au mensonge et à la traîtrise. Sorj chalandon réaffirme également le besoin de mémoire, le respect des anciens, porteurs de sagesse et d'expérience.

 

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 00:05

Dans-la-nuit-brune---Agnes-Desarthes.jpg

 

Quatrième de couverture

La vie de Jérôme est ébranlée. L’amoureux de sa fille vient de mourir dans un accident de moto. Ordinairement imperturbable, il plonge dans une profonde agitation en tentant de gérer la crise. Bouleversé par des secousses successives, il doit se rendre à l’évidence : enfant sauvage recueilli dans les bois, il ne sait rien de lui-même et de ses origines. Il tente alors de se plonger dans son passé, guidé par un étrange mentor…

 

Avis d’une lectrice du dimanche

En lisant ce roman, j’ai été sensible à l’atmosphère particulière qu’Agnès Désarthes a sur créer. Mais finalement, que reste-t-il de ce roman une fois la dernière page tournée ?

Des thèmes très différents s’entrelacent dans ce livre, ce qui a fini par me donner une impression d'incohérence, un manque de consistance…

Jérôme, divorcé, vit seul avec sa fille Marina. Lorsque l’ami de sa fille décède dans un accident de moto, Jérôme peine à réconforter Marina tant il est lui-même enseveli par le chagrin. Un chagrin lourd dont il ne définit pas exactement l’origine. Il se livre à une introspection, démarche difficile dans la mesure où il se révèle la plupart du temps incapable d’exprimer ses sentiments.

Son passé refoulé s’impose à lui : il a été trouvé, seul, abandonné dans une forêt, et ses parents adoptifs se sont révélés des caractères étranges, complètement insaisissables.

Après un début très lent, tout semble s’emballer avec la rencontre d’un policier à la retraite et une touriste écossaise. Nous assistons à la fois à une enquête pour meurtre et à une explication sur son passé.

 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 13:00

L-homme-qui-aimait-les-chiens---Leonardo-Padura.jpg

 

Quatrième de couverture

En 2004, à la mort de sa femme, Ivan, écrivain frustré et responsable d'un misérable cabinet vétérinaire de La Havane, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait sur la plage deux lévriers barzoï. Après quelques conversations, "l'homme qui aimait les chiens" lui fait des confidences sur Ramon Mercader, l'assassin de Trotski qu'il semble connaître intimement. Ivan reconstruit les trajectoires de Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotski, et de Ramon Mercader, connu aussi comme Jacques Mornard, la façon dont ils sont devenus les acteurs de l'un des crimes les plus révélateurs du XXe siècle. À partir de l'exil de l'un et l'enfance de l'autre, de la Révolution russe à la guerre d'Espagne, il suit ces deux itinéraires jusqu'à leur rencontre dramatique à Mexico. Ces deux histoires prennent tout leur sens lorsque Ivan y projette ses aventures privées et intellectuelles dans la Cuba contemporaine. Dans une écriture puissante, Leonardo Padura raconte, à travers ses personnages ambigus et convaincants, l'histoire des conséquences du mensonge idéologique et de sa force de destruction sur la grande utopie révolutionnaire du XXe siècle ainsi que ses retombées actuelles dans la vie des individus, en particulier à Cuba. 

 

Avis d'une lectrice du dimanche

coup de coeur (rouge-noir)texte

 

Ce roman historique est d’une densité incroyable, porté par un souffle narratif fabuleux, une analyse sans concession et sans racolage, une écriture ample, généreuse.

 

Leonardo Padura, journaliste et écrivain cubain, dresse le bilan de la plus grande utopie du XXe siècle, le communisme, il nous entraîne dans les méandres des turpitudes de quelques tyrans ambitieux qui ont dévoyé ce bel idéal au profit de leur rêve de puissance, et cette révolution finalement pervertie a broyé la vie de millions d’êtres humains.

L’auteur explore le XXe siècle à travers le déploiement de la révolution communiste dans certaines nations et parallèlement la montée inexorable du fascisme en Europe. L’horreur historique culmine évidemment avec l’avènement simultané de deux monstres : Hitler et Staline. 

Ce roman balaie la période de 1929 jusqu’à nos jours, et se construit autour de la vie de trois hommes : Ivan, un écrivain cubain, Trotski, grand prêtre de la révolution russe, et son assassin, le catalan Ramon Mercader.

Ce livre est truffé de références historiques, littéraires, philosophiques. Leonardo Padura décortique minutieusement la difficulté de s’engager politiquement sans perdre sa pureté, sa tolérance, sans se laisser écraser pas des systèmes puissants.

Que d'informations précieuses pour combler mon abîme d'ignorance sur la période de la guerre civile espagnole ! La toute jeune république, hélas immédiatement moribonde, sera anéantie tout aussi sûrement par les querelles d'influence chez les belligérants républicains que par la violence des Franquistes.

J'ai aimé également les informations sur la situation politique de l'époque dans les différents pays qui ont hébergé (avec plus ou moins de conviction) Trotski pendant sa longue errance.

Malgré la densité de cet ouvrage, la touche romanesque apportée par la création du personnage d’Ivan humanise les événements du passé et tient le lecteur en haleine… en apnée en ce qui me concerne !

Les portraits de Trotski et Ramon Mercader sont extraordinaires, avec une grande finesse psychologique. Il n’est pas possible d’éprouver de l’empathie pour ces hommes qui ont du sang sur les mains mais il est tout aussi impossible de les résumer de façon purement manichéenne.

Leonardo Padura brosse le portrait d’un Trotski idéaliste perdant tout sens de la mesure lorsqu’il s’agit de préserver la révolution russe. Cet homme est relativement sincère, il sait analyser et reconnaître tous les excès commis dès les premières années de la naissance de l’Union Soviétique. Néanmoins, Trotski ne parviendra jamais à se remettre totalement en question, il a déifié la révolution au détriment de la personne humaine, jusqu’à offrir en sacrifice sa vie et celle de ses enfants sur l’autel de la lutte politique :

"Ils auraient dû se demander (nous le sommes-nous jamais demandé ? avouerait-il à Natalia Sedova) s'il était juste d'instaurer le socialisme en marge de la volonté de la majorité ou contre elle. La dictature du prolétariat devait éliminer les classes dominantes, devait-elle aussi réprimer les travailleurs ? L'alternative s'était avérée dramatique et manichéenne : il était impossible de permettre à la volonté populaire de s'exprimer, car elle pouvait inverser le processus lui-même. Mais l'abolition de cette volonté privait le gouvernement bolchevik de sa légitimité fondammentale : au moment où les masses cessèrent de croire, il fallut les faire croire de force. Et ils usèrent de cette force. A Kronstadt, Lev Davidovitch savait bien que la Révolution avait commencé à dévorer ses propres enfants et c'était à lui que revenait le triste honneur d'avoir donné l'ordre d'inaugurer le banquet."

Ramon Mercader était un jeune communiste espagnol lorsqu’il a été remarqué et recruté par les chiens de chasse du Kremlin. Son enfance est marquée du sceau de la folie de Caridad, une mère abusive, hystérique, qui découvre l’exutoire du militantisme pour déverser sa haine. Elle conduira elle aussi ses enfants à leur perte, sans le moindre état d’âme. Plusieurs années d’entraînement, d’endoctrinement et de lavage de cerveau seront nécessaires pour polir l’arme secrète des services secrets soviétiques. Ramon Mercader deviendra le tueur cynique et efficace rêvé par les lieutenants de Staline.

Le personnage le plus attachant est bien sûr Ivan le cubain, l’homme contemporain, qui rencontre un jour sur une plage "L'homme qui aimait les chiens", le "témoin" du meurtre sordide de Trotski. Ivan incarne l’innocence de toute une génération sacrifiée sur l’île de Cuba. Il décrit la peur et la misère qui mène à la mort aussi sûrement que les guerres. A travers Ivan, on découvre aussi l’ampleur de l’ignorance des habitants de l’île sur l’histoire mondiale et ce jusqu’au milieu des années 80.

Ce livre magnifique est un hommage à ce qu’il appelle la « génération perdue » des cubains. Leonardo Padura revendique une sensibilité de gauche, mais en même temps il se veut libre des entraves des organisations politiques ou religieuses. Il relaie dans ce roman le cri de souffrance de toute une génération, tout en montrant qu’il est maintenant possible de faire entendre sa voix sur l’île, dans certaines limites malgré tout. Il ne fait pas de propagande, il ne s'érige pas en justicier et en juge.

Dans ses remerciements à la fin de son livre, Leonardo Padura explique le sens de ce témoignage historique :

"J'ai voulu me servir de l'histoire de l'assassinat de Trotski pour réfléchir à la perversion de la grande utopie du XXe siècle, ce processus où nombreux furent ceux qui engagèrent leur espérance et où nous fûmes tant et tant à perdre nos rêves et notre temps, quand ce ne fut pas notre sang et notre vie." 

 

L'Express propose une belle interview de cet auteur, publiée le 23 février 2011 :
vous pouvez la lire
ICI

 

Un très bel article également dans Courrier international : ICI 

 

  Les avis de : Keisha, Yspaddaden, Mots-à-Mots, Dasola...

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 13:00

 Le-chagrin-et-la-grace---Wally-Lamb.jpg

 

Quatrième de couverture

Quand, en avril 1999, l’épouse de Caelum, Maureen, échappe de justesse au massacre de Columbine, le couple se réfugie dans la ferme où il a été élevé, à Three Rivers, dans le Connecticut. C'est là que Caelum découvre des archives familiales : les lettres de son aïeule, militante abolitionniste ; les journaux de son arrière-grand-mère, fondatrice de la prison pour femmes du comté ; des coupures de presse sur ces années 1960 qui l’ont vu grandir aux côtés d'un père alcoolique traumatisé par la guerre de Corée... Pour tenter de comprendre la colère qui l'habite depuis toujours, Caelum va devoir explorer les recoins les plus obscurs de sa mémoire... Une plongée au cœur de l’histoire des Etats-Unis à travers l’épopée flamboyante d’une famille sur cinq générations.

 

Avis d’une lectrice du dimanche

Impossible de lâcher ce roman, les 800 pages se dévorent avec fureur...

Caelum Quik est le narrateur de cette fresque américaine. A 47 ans, il a quelques difficultés à trouver ses marques dans la vie. Professeur de littérature, Caelum Quik travaille dans le même lycée que son épouse. Lorsque ce troisième mariage est à son tour fragilisé, Caelum essaie désespérément de raviver l’amour dans son couple. Mais sa vie bascule brutalement lorsque Maureen, sa femme, se retrouve au milieu d’une fusillade. Même si elle fait partie des survivantes, Maureen n’est plus que l’ombre d’elle-même, elle sombre dans la dépression et la drogue. Pour se reconstruire, le couple se réfugie alors dans le Connecticut, dans la maison familiale de Caelum.

Cette fiction permet à l’auteur de nous entraîner dans l’Amérique d’hier et aujourd’hui. Wally Lamb évoque les catastrophes, naturelles ou pas, qui ont défiguré ce pays ces dernières années : la destruction des tours jumelles du Word Trade Center, le carnage de Colombine, les ouragans, les incendies, la guerre en Irak.

C'est un récit à tiroirs où les actes de bravoure et de militantisme sont attribués aux femmes. Les archives familiales mènent à l’époque de la guerre de sécession, des abolitionnistes. L’auteur décrit également la période où il a fallu lutter pour parvenir à créer la première prison pour femmes. Les journaux intimes de la grand-mère et l'arrière-grand-mère de Caelum nous font parcourir deux siècles d'histoire, de combats pour les droits civiques, l'autonomie des femmes et des minorités.


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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 00:08

VIVEZ-Stephane-Hessel.jpg

 

Quatrième de couverture

"Nous sommes des êtres ambivalents. Nous avons beaucoup de choses lourdes et dangereuses en nous, mais nous en avons aussi d'autres plus généreuses et progressistes. C'est en essayant d'harmoniser les unes et les autres qu'il est possible, me semble-t-il, de parcourir le chemin de notre vie, en étant fiers de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons faire." S.H.

Après une vie de résistant et de militant pour la paix, Stéphane Hessel a entamé une seconde existence d'écrivain, avec notamment Indignez-vous ! (Indigènes Editions, 2010) qui connaît un succès international. Il nous offre dans Vivez ! une réflexion profonde sur l'amour, la vie, la mort, la spiritualité, l'âge, le respect de l'autre, suivie des poèmes qui ont rythmé et illuminé sa vie.

 

Avis d'une lectrice du dimanche

Admiratrice inconditionnelle de Stéphane Hessel, je ne pouvais qu'apprécier cet ouvrage !

Edouard de Hennezel et Patrice von Eersel ont rassemblé dans ce livre les pensées et confidences que Stéphane Hessel leur a livrées lors d'entretiens.

Edouard de hennezel a publié chez Carnets Nord, "Qu'allons nous faire de vous ?" et Patrice von Eersel est à la fois journaliste, écrivain et rédacteur en chef du magazine Clés.

Ce livre n'est pas un essai militant mais plutôt une conversation à batons rompus, détendue et amicale.

Stéphane Hessel répond sans détour et avec simplicité aux questions sur le sens de la responsabilité, l'éthique, les religions, l'amour, le bonheur et la mort. Il n'érige pas un dogme mais livre son expérience, ses tatonnements, ses convictions, sa tolérance.

Sa manière de concevoir l'existence a un charme désuet, il porte un humanisme qu'il faudrait réhabiliter face aux discours froids des puissances financières et politiques, face à l'intolérance grandissante.

Un petit extrait de son discours délicieusement iconoclaste à notre époque où toutes les religions essaient d'imposer leur prédominance :

Selon vous, nous n'avons pas besoin d'un dieu unique. Vous avez dit que les monothéismes étaient facteurs de violence...

Je pense que l'adjonction de l'adjectif "mono" avec "dieu" est une exigence qui existe dans les grandes religions que nous connaissons. Il faut un dieu unique et, naturellement, il ne peut être que "mon" dieu. Ce dieu étant le mien, le dieu de tout autre monothéisme est donc un faussaire et il est normal que je le combatte. C'est ce que je reproche aux monothéismes tels qu'ils se sont développés. Je pense que toutes les sociétés se sont construit des êtres supérieurs, des êtres mythiques qui peuvent être appelés "dieu", "idéal" ou "utopie". Ceux qui se sont construit des religions avec un bonhomme, barbu de préférence, qu'ils appellent le "dieu unique", ont pour moi un très grave défaut, c'est qu'ils ont tendance à se combattre les uns les autres.Et même lorsqu'ils prétendent se réclamer d'un seul dieu, du dieu unique qui devrait être le dieu de tous, ils considèrent que ceux qui l'adorent différemment sont dans l'erreur et méritent donc d'être combattus. C'est ce qui a fait les conflits les plus graves qu'ont connus les civilisations humaines : les conflits de religions."

 

J'admire Stéphane Hessel car ses paroles sont en accord avec sa manière de vivre. Ses détracteurs sont mal à l'aise face à lui car ils ne peuvent lui reprocher aucune malhonnêteté, malversation ou couardise. Alors les critiques comme Assouline (parmi les moins virulents malgré tout), à court d'arguments, se gaussent de "ses bons sentiments dégoulinants". En fait, son message simple pour revendiquer le droit de rêver d'une société plus humaine et l'incitation à agir, à s'impliquer dans la vie sociale, ne sont pas du goût de tout le monde. Enferme le commun des mortels dans un rôle de mouton, avec l'interdiction de l'utopie, c'est tellement plus pratique...

Pour clore élégamment cette interview, Hessel nous offre les poèmes qui rythme sa vie depuis toujours. Il affectionne particulièrement Friedrich Hölderlin, Edgar Allan Poe, François Villon, Joachim du Bellay, Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Guillaume Apollinaire...

 

Je remercie les Editions Carnets Nord

Editions Carnetsnordde m'avoir offert le plaisir de découvrir en avant-première
ce nouveau titre de Stéphane Hessel.
La parution est prévue le 1er mars 2012.

 

 

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