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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 17:22

 

Comment-l-Islande-a-vaincu-la-crise---Pascal-R-iche.jpg

 

Quatrième de couverture

Selon la légende, l’Islande aurait vaincu la terrible crise financière de 2008 en tournant le dos au capitalisme, en nationalisant ses banques, en chassant le FMI et en se débarrassant de sa classe politique. Sur ce petit peuple, de nombreux fantasmes circulent sur le Web.

Rédacteur en chef de Rue89, Pascal Riché est allé vérifier sur place, auprès des acteurs du redressement islandais. Loin des représentations exaltées, il raconte d'une aventure politico-économique peu orthodoxe, riche en leçons pour les autres nations d'Europe.

 

Avis d’une lectrice du dimanche

Un très bon reportage économique et social, facile à lire de surcroît !

Pascal Riché a réagit en lisant les nombreux commentaires d’internautes : L’Islande aurait trouvé les recettes miracles pour sortir de la crise. Le rédacteur en chef de Rue 89 a enquêté en Islande pour démêler mythe et réalité.

Effectivement, certaines rumeurs telles que la nationalisation des banques par exemple s’avèrent fausses. Les responsables politiques responsables de la débâcle du pays ont été jugés et déclarés coupables, mais ils n’ont finalement pas été emprisonnés.

Néanmoins, les islandais ont bel et bien trouvé des recettes fort séduisantes pour soigner à la fois leur économie et leur démocratie ! Ils ont purement et simplement laissé les banques faire faillite sans les renflouer, en partant du principe que les contribuables n’ont pas à payer pour des entreprises privées mal gérées. Les dépôts d’argents des islandais ont été garantis par le gouvernement islandais, mais les fonds spéculatifs des pays étrangers ont été abandonnés… La Grande Bretagne et les Pays Bas ont exercé des pressions inouïes pour faire plier les islandais et les faire payer, mais en vain. Ils ont perdu tous leurs recours devant les tribunaux ! Ensuite, malgré une terrible cure d’austérité dans ce pays déclaré en faillite, les services publics tels que la santé et l’éducation ont été préservés afin de ne pas mettre en péril leur avenir.

Mais ce qui me fait le plus rêver, c’est probablement la démarche participative des islandais pour refondre leur constitution, afin de la rendre plus juste, égalitaire et démocratique. Le processus est long mais suit son cours, et l’économie se porte de nouveau plutôt bien…

 


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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 00:08

VIVEZ-Stephane-Hessel.jpg

 

Quatrième de couverture

"Nous sommes des êtres ambivalents. Nous avons beaucoup de choses lourdes et dangereuses en nous, mais nous en avons aussi d'autres plus généreuses et progressistes. C'est en essayant d'harmoniser les unes et les autres qu'il est possible, me semble-t-il, de parcourir le chemin de notre vie, en étant fiers de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons faire." S.H.

Après une vie de résistant et de militant pour la paix, Stéphane Hessel a entamé une seconde existence d'écrivain, avec notamment Indignez-vous ! (Indigènes Editions, 2010) qui connaît un succès international. Il nous offre dans Vivez ! une réflexion profonde sur l'amour, la vie, la mort, la spiritualité, l'âge, le respect de l'autre, suivie des poèmes qui ont rythmé et illuminé sa vie.

 

Avis d'une lectrice du dimanche

Admiratrice inconditionnelle de Stéphane Hessel, je ne pouvais qu'apprécier cet ouvrage !

Edouard de Hennezel et Patrice von Eersel ont rassemblé dans ce livre les pensées et confidences que Stéphane Hessel leur a livrées lors d'entretiens.

Edouard de hennezel a publié chez Carnets Nord, "Qu'allons nous faire de vous ?" et Patrice von Eersel est à la fois journaliste, écrivain et rédacteur en chef du magazine Clés.

Ce livre n'est pas un essai militant mais plutôt une conversation à batons rompus, détendue et amicale.

Stéphane Hessel répond sans détour et avec simplicité aux questions sur le sens de la responsabilité, l'éthique, les religions, l'amour, le bonheur et la mort. Il n'érige pas un dogme mais livre son expérience, ses tatonnements, ses convictions, sa tolérance.

Sa manière de concevoir l'existence a un charme désuet, il porte un humanisme qu'il faudrait réhabiliter face aux discours froids des puissances financières et politiques, face à l'intolérance grandissante.

Un petit extrait de son discours délicieusement iconoclaste à notre époque où toutes les religions essaient d'imposer leur prédominance :

Selon vous, nous n'avons pas besoin d'un dieu unique. Vous avez dit que les monothéismes étaient facteurs de violence...

Je pense que l'adjonction de l'adjectif "mono" avec "dieu" est une exigence qui existe dans les grandes religions que nous connaissons. Il faut un dieu unique et, naturellement, il ne peut être que "mon" dieu. Ce dieu étant le mien, le dieu de tout autre monothéisme est donc un faussaire et il est normal que je le combatte. C'est ce que je reproche aux monothéismes tels qu'ils se sont développés. Je pense que toutes les sociétés se sont construit des êtres supérieurs, des êtres mythiques qui peuvent être appelés "dieu", "idéal" ou "utopie". Ceux qui se sont construit des religions avec un bonhomme, barbu de préférence, qu'ils appellent le "dieu unique", ont pour moi un très grave défaut, c'est qu'ils ont tendance à se combattre les uns les autres.Et même lorsqu'ils prétendent se réclamer d'un seul dieu, du dieu unique qui devrait être le dieu de tous, ils considèrent que ceux qui l'adorent différemment sont dans l'erreur et méritent donc d'être combattus. C'est ce qui a fait les conflits les plus graves qu'ont connus les civilisations humaines : les conflits de religions."

 

J'admire Stéphane Hessel car ses paroles sont en accord avec sa manière de vivre. Ses détracteurs sont mal à l'aise face à lui car ils ne peuvent lui reprocher aucune malhonnêteté, malversation ou couardise. Alors les critiques comme Assouline (parmi les moins virulents malgré tout), à court d'arguments, se gaussent de "ses bons sentiments dégoulinants". En fait, son message simple pour revendiquer le droit de rêver d'une société plus humaine et l'incitation à agir, à s'impliquer dans la vie sociale, ne sont pas du goût de tout le monde. Enferme le commun des mortels dans un rôle de mouton, avec l'interdiction de l'utopie, c'est tellement plus pratique...

Pour clore élégamment cette interview, Hessel nous offre les poèmes qui rythme sa vie depuis toujours. Il affectionne particulièrement Friedrich Hölderlin, Edgar Allan Poe, François Villon, Joachim du Bellay, Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Guillaume Apollinaire...

 

Je remercie les Editions Carnets Nord

Editions Carnetsnordde m'avoir offert le plaisir de découvrir en avant-première
ce nouveau titre de Stéphane Hessel.
La parution est prévue le 1er mars 2012.

 

 

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 18:50

La-survivance-des-lucioles---Huberman.jpg

 

Quatrième de couverture
Dante a, autrefois, imaginé qu'au creux de l'Enfer, dans la fosse des « conseillers perfides », s’agitent les petites lumières (lucciole) des âmes mauvaises, bien loin de la grande et unique lumière (luce) promise au Paradis. Il semble bien que l’histoire moderne ait inversé ce rapport : les « conseillers perfides » s’agitent triomphalement sous les faisceaux de la grande lumière (télévisuelle, par exemple), tandis que les peuples sans pouvoir errent dans l’obscurité, telles des lucioles.
Pier Paolo Pasolini a pensé ce rapport entre les puissantes lumières du pouvoir et les lueurs survivantes des contre-pouvoirs. Mais il a fini par désespérer de cette résistance dans un texte fameux de 1975 sur la disparition des lucioles. Plus récemment, Giorgio Agamben a donné les assises philosophiques de ce pessimisme politique, depuis ses textes sur la « destruction de l’expérience » jusqu’à ses analyses du « règne » et de la « gloire ».
On conteste ici ce pronostic sans recours pour notre « malaise dans la culture ». Les lucioles n’ont disparu qu’à la vue de ceux qui ne sont plus à la bonne place pour les voir émettre leurs signaux lumineux. On tente de suivre la leçon de Walter Benjamin, pour qui déclin n’est pas disparition. Il faut « organiser le pessimisme », disait Benjamin. Et les images — pour peu qu’elles soient rigoureusement et modestement pensées, pensées par exemple comme images-lucioles — ouvrent l’espace pour une telle résistance.

Avis d'une lectrice du dimanche

Un très beau livre, qui offre une réflexion lucide sur l'état de nos démocraties, sur la survivance nécessaire et difficile des contre-pouvoirs. 

Cet ouvrage est riche en références philosophiques et littéraires multiples. L'histoire et l'actualité y sont également présents. Mon ignorance des sources sur lesquelles Georges Didi-Huberman appuie son raisonnement n'a finalement  pas entravé ma lecture. En effet, cet auteur est très pédagogue et amène une quantité d'idées à la portée des néophytes. Il n'est pas nécessaire d'avoir une grande érudition pour apprécier ce livre. 

Dans un premier temps, Georges Didi-Huberman s'attache à définir le concept de lucioles tel que l'a défini Pier Paolo Pasolini. Sa vision est sombre car selon lui le peuple a définitivement perdu sa faculté de libre-pensée, son sens critique. Les medias ont permis l'avènement d'une dictature encore plus insidieuse et sournoise que celle des nazis : l'uniformisation des cultures et de la pensée, l'apologie du discours unique du capitalisme. 

L'auteur accentue encore ce constat pessimiste en citant Giorgio Agamben qui théorise la destruction de l'expérience, remplacée la culture du spectacle, de la mise en scène. L'esprit critique se réduit à la notion d'opinion publique. Une voix très floue, facilement manipulable, qui ne représente pas vraiment une force de critique.

Néanmoins, Georges Didi-Huberman se démarque du fatalisme des philosophes qu'il cite car finalement il démontre que les témoignages, les rêves et les expériences brillent encore par intermittence, à la manière des lucioles. Les consciences parviennent encore à s'exprimer malgré l'uniformisation des medias, malgré les discours convenus diffusés en permanence.

L'auteur cite de beaux exemples de résistance ! Sous la dictature nazie, Charlotte Beradt marqua sa décision de consigner les rêves de ses prochains : "Elle accédait au statut du "conteur" en ce que [...] le grand conteur s'enracine toujours dans le peuple. [...] C'est ainsi que Charlotte Beradt, entre 1933 et 1939 -date de sa fuite hors d'Allemagne- recueillit tout un corpus de rêves en vue d'offrir quelque chose comme un document psychique du totalitarisme, de la terreur politique en tant que processus anté -hantant- jusqu'au plus profond des âmes. Recueil extraordinaire que cette enquête onirique menée auprès de trois cents personnes environ. Il n'explique rien, ni la nature du nazisme ni la psychologie des rêveurs, mais il fournit, ainsi que Charlotte Beradt le disait elle-même, une sismographie intime de l'histoire politique du IIIe Reich. De tels rêves de devaient pas être perdus. Ils pourraient être retenus le jour où l'on ferait le procès de ce régime en tant que phénomène historique car ils semblaient plein d'enseignements sur les affects et les motifs des êtres qu'on insérait comme des petites roues dans le mécanisme totalitaire."

L'autre bel exemple est celui de Laura Waddington et ses images lucioles, rassemblées dans un film sous le titre de Border : "Laura Waddington a passé plusieurs mois dans les zones environnant le camp de la Croix-Roux à Sangatte. elle filmait les réfugiés afghans ou irakiens qui tentaient désespérément d'échapper à la police et de traverser le tunnel sous la Manche afin de rejoindre l'Angleterre. Elle ne put, de tout cela, que tirer des images-lucioles : images au bord de la disparition, toujours mues par l'urgence de la fuite, toujours proches de ceux qui, pour mener à bien leur projet, se cachaient dans la nuit et tentaient l'impossible au péril de leur vie."

 

Quelques extraits

 

D'abord des citations pour la partie pessimiste du livre, un constat sans concession mais hélas très pertinent, très lucide...

« Un jour qu’on lui demande si, en tant qu’artiste de gauche il avait la nostalgie des temps brechtiens ou de la littérature « engagée » à la française, Pasolini répondit en ces termes « Absolument pas. J’ai simplement la nostalgie des gens pauvres et vrais, qui se battaient pour renverser le patron, mais sans vouloir pour autant prendre sa place. »


« Quant à la société du spectacle » fustigée par Guy Debord, elle passe par l’unification d’un monde qui « baigne indéfiniment dans sa propre gloire », cette gloire fût-elle la négation et la séparation généralisée entre « les hommes vivants » et leur propre possibilité d’apparaître autrement que sous le règne – la lumière crue, cruelle, féroce – de la marchandise. Dès 1958 Pasolini avait déjà constaté à quel point les lumière du petit écran détruisaient l’exposition même et, avec elle, la dignité des peuples : « [La télévision] non seulement ne concourt pas à élever le niveau culturel des couches inférieures, mais provoque chez elles le sentiment d’une infériorité presque angoissante. »


« Il aura fallu, pour cela, réduire la « puissance politique » du peuple à l’acclamation –romaine, byzantine, médiévale… totalitaire-, et ramener celle-ci à ce que les démocrates nomment l’opinion publique : « L’opinion publique est la forme moderne de l’acclamation ».


« On se demandera donc : qu’est-ce qui fait de l’opinion publique dans les démocraties un strict équivalent – y aurait-il des différences, elles ne sont pas évoquées – de l’acclamation dans les systèmes de pouvoir absolu ? C’est à Guy Debord qu’Abamben laisse désormais la parole pour répondre à cette question : la « société du spectacle » est à l’opinion publique aujourd’hui ce que l’assujettissement des foules fut aux totalitarismes d’hier : « Ce qui nous intéresse ici, c’est le fait que la sphère de la gloire […] ne disparaît pas dans les démocraties modernes, mais se déplace simplement dans un autre contexte, celui de l’opinion publique. Si tel est bien le cas, le problème aujourd’hui si discuté de la fonction des médias dans les sociétés contemporaines acquiert une nouvelle signification et une nouvelle urgence. En 1967, avec un diagnostic dont la justesse nous apparaît aujourd’hui évidente, Guy Debord constatait la transformation à l’échelle planétaire de la politique et de l’économie capitalistique en une « immense accumulation de spectacles », où la marchandise et le capital lui-même prennent la forme médiatique de l’image. Si nous rapprochons les analyses de Debord de la thèse de Schmitt sur l’opinion publique comme forme moderne de l’acclamation, le problème de l’actuelle domination spectaculaire des médias sur tous les aspects de la vie sociale apparaît sous un nouveau jour. Ce qui est en question, ce n’est rien de moins qu’une nouvelle et inouïe concentration, multiplication et dissémination de la fonction de la gloire comme centre du système politique. »

 

Georges Didi-Huberman se démarque finalement de Pasolini et de Giorgio Agamben pour nous offrir de belles pépites d'espoir : la pensée contradictoire existe encore et on peut en percevoir les lucioles, les lueurs dans de nombreuses actions et expériences...

Laura Waddington "s'acquitte modestement des exigences du témoignage : elle nous dit son histoire et ses limites intrinsèques ; elle ne juge, ne domine rien de ce qu'elle raconte ; elle s'adresse à des êtres singuliers, rencontrés, précisément nommés (Omar, Abdullah, Mohamed), sans que soit omise la perspective effrayante du phénomène entier (soixante mille réfugiés environ seront passés par Sangatte, apprend-on). Là où nous, les spectateurs du film, sommes quelquefois éblouis par un plan surexposé, Laura Waddington nous dit comment les réfugiés eux-mêmes revenaient au camp aveuglés par les gaz lacrymogènes."


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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 18:50

Au-coeur-de-l-antiterrorisme---Marc-Trevidic.jpg 

Quatrième de couverture

L'assassinat des moines de Tibéhirine, la poudrière de Karachi, le génocide rwandais... Ces dossiers «secret défense», parmi les plus sensibles de la République, hantent les jours et les nuits du juge Marc Trévidic, spécialiste de l'antiterrorisme au tribunal de Paris. Formé par Jean-Louis Bruguière, alias «l'Amiral», il a hérité de son domaine réservé. Envers et contre tous, faisant fi des pressions politiques, Trévidic l'obstiné enquête, inlassablement, en France et à l'étranger. Le jeune juge nous entraîne dans les coulisses de la galerie Saint-Éloi, quartier général de la lutte antiterroriste, dans ses déplacements sous haute protection ou dans les prisons secrètes. Il évoque pour la première fois les victimes anonymes des attentats de 1995 ou les moines de Tibéhirine, nous raconte ses face-à-face avec des apprentis kamikazes prêts à se faire exploser en Irak, ou avec des terroristes chevronnés impliqués dans les attentats du 11 Septembre. Ce livre est le témoignage brut d'un homme en colère qui ne se résigne pas. Plongée au coeur de l'antiterrorisme.

 

Avis d'une lectrice du dimanche

 

Marc Trévidic nous livre son expérience de juge antiterroriste, ce témoignage est passionnant !

 

L'auteur nous fait découvrir son métier sous tous ses aspects : l'étude des faits, l'enquête, l'approche humaine à la fois des victimes et des suspects, et enfin le côté administratif, long et minutieux.

Ce livre est très intéressant car il aborde énormément de sujets et ne laisse jamais l'ennui s'insinuer dans le récit. Marc Trévidic décrit les rouages de la machine antiterroriste, les liens avec les différents corps de métier, de la greffière à la DST, la police, en passant par les responsables politiques. Il compare le fonctionnement français avec celui de l'étranger, explique la complexité de certaines affaires que juges et enquêteurs tentent de démêler depuis des années. Trévidic fait un bref historique d'Al-Qaida, montre comment les pouvoirs occidentaux ont favorisé l'expansion de cette organisation tant qu'elle servait leurs intérêts. Les mécanismes du jihad sont décortiqués, ainsi que les différents portraits types des terroristes, leur manière de penser et de fonctionner.

 

Ce magistrat essaie aussi de nous expliquer la manière d'être du juge pour instruire, sa posture, avec la hantise permanente de l'erreur judiciaire :

"Un juge d'instruction, même choqué par des faits, ne peut pas s'installer dans une posture morale. Il n'est pas là pour réprimander, punir ou psychanalyser un suspect. On lui demande de rechercher la vérité. D'enquêter puis d'informer et dans les deux cas, il faut laisser parler. Quand un juge d'instruction fait la leçon, quand il hausse le ton ou roule les yeux, la personne poursuivie se tait inexorablement et le dialogue est rompu. Il ne se rétablira pas." 

 

Enfin, Marc Trévidic laisse éclater son amertume devant le peu de respect du pouvoir politique pour sa profession. Il doit faire face à la fois aux manques de moyens, aux pressions de certains politiques pour étouffer des affaires, et enfin cerise sur le gâteau, l'acharnement implacable de Sarkozy pour dénigrer la profession, afin de supprimer la fonction de juge d'instruction et ainsi assujettir la justice à son bon vouloir :

"Le ministère de la Justice : Il prépare une tragédie dans la pure tradition d'Euripide, à savoir le meurtre des juges d'instruction commandité par le président de la République . Toutefois, deux services du ministère sont essentiels dans l'antiterrorisme : la DSJ (direction des services judiciaires), qui délivre les ordres de mission à l'étranger pour exécuter des commissions rogatoires internationales, et le BEPI (bureau de l'entraide pénale internationale), qui apporte une aide appréciable dans l'acheminement aux autorités étrangères des commissions rogatoires internationales."

"J'ai commis le péché capital dans la magistrature, le péché de la médiatisation, considéré comme un péché d'orgueil bien plus grave que l'incompétence, le mensonge ou la paresse. C'est étrange comme je suis tête à claque depuis que je ne suis plus premier de la classe. Le bon élève se tait ou marmonne dans son bureau. Il faudrait que les juges d'instruction acceptent de mourir en silence, que la galerie Saint-Eloi soit dépecée jusqu'à son agonie finale. Faudrait-il que je m'assoie sur certains de mes dossiers sensibles, quitte à toucher le plafond de mon bureau ?"

"La vérité ne se trouve que si on la cherche. Evidemment, seul le juge qui cherche peut prendre des coups. Des collègues comme Renaud Van Ruymbecke ou Isabelle Prévost-Desprez en savent quelque chose. C'est également mon cas. La règle d'or pour un juge est de ne pas faire parler de soi. Et de ne pas faire de vagues. Or, la collecte des emmerdements est consubstantielle au travail du juge d'instruction. Le juge d'instruction est un emmerdeur ou il n'est pas."

 

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 00:05

Ma-vie-balagan---Marceline-Loridan-Ivens.jpg 

Quatrième de couverture

Le matin de ses soixante-dix-huit ans, Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, calcule que 7 et 8 font 15 : quinze ans, son âge lors de sa déportation au camp d'Auschwitz-Birkenau.

Elle contemple les objets de sa maison, qui réveillent en elle des fragments de sa vie faite de désordres, de révoltes, de provocations et d'engagements sur les marges du monde... 1945 : revenue d'Auschwitz détruite à mort, Marceline se lance dans la vie comme si elle n'avait plus rien à perdre. Elle hante les nuits bleues des caves de Saint-Germain-des-Prés, entre au PC, claque la porte, porte les valises pour le FLN, s'engage pour l'avortement - elle est de tous les combats.

Et rencontre le grand cinéaste Joris Ivens ; la voilà avec lui au Vietnam sous les bombardements, à Pékin pendant la Révolution culturelle... Une grande histoire d'amour et de cinéma commence. Simone Veil, son amie pour la vie, se rappelle que même à Auschwitz Marceline racontait des histoires drôles. Une façon pour elle de survivre à la souffrance omniprésente du souvenir. Ainsi se reconstruit à la première personne, sur une mémoire fuyante et une force de vie contagieuse, la légende intime de Marceline Loridan-Ivens, que le feu des nazis n'a pas pu anéantir.

 

Avis d'une lectrice du dimanche

Coup de coeur !

J'ai adoré l'autobiographie de cette grande dame !
Cette forte personnalité me fait rêver, suscite chez moi à la fois admiration et émotion...

Marceline Loridan-Ivens a connu les pires camps de concentration, Auschwitz et Birkenau. Malgré les horreurs et des souffrances dont le souvenir la poursuivent encore, les nazis ont perdu, ils n'ont pas brisé son amour de la vie, son envie de connaître bonheur.

Sa personnalité enjouée et rebelle a continué à pétiller même dans les camps. Elle racontait des histoires drôles à ses copines, jouait des tours pendables (expression à prendre ici à la fois au 1er et au 2nd degré !) à ses bourreaux en dérobant de la soupe, en se cachant pour récupérer d'une mauvaise fièvre.

"On sortira par la porte ou par la cheminée"


"La seule chose qui vous intéresse, c'est l'horreur. Mais ça suffit. Vous ne comprendrez rien, vous ne voulez pas comprendre, vous ne faites pas l'effort. Et l'horreur que je vous décris, ce n'est pas l'horreur, pour vous, puisque ça vous régale. Autant vous parler du bonheur dans les camps.

Comme dit aussi Kertész : "Là-bas aussi, parmi les cheminées, dans les intervalles de la souffrance, il y avait quelque chose qui ressemblait au bonheur". Mais oui. Quand nous n'étions pas battues, quand nous pouvions nous reposer, quand nous parlions avec une copine, quand un jour la soupe était meilleure... Le bonheur de rencontrer mon père, de le voir vivant. Ou de voler un kübel de soupe à la barbe des SS, quel bonheur, je t'emmerde. Les briques empilées par mes copines pour m'éviter d'être au premier rang à cause de ma taille. Et cette planche de bois qu'elles ont trouvé pour me cacher quand j'avais 40 de fièvre, le temps de retrouver des forces, avant de reprendre la pelle et la pioche. Une femme que je ne connais pas, qui m'apporte une veste parce que je tremblais de froid. Une autre qui me tend la main alors que, tombée dans un caniveau plein de boue, avec mes 40 de fièvre, je crois que ça y est, c'est là que je vais mourir. Un geste fondammental, sans lequel je serais peut-être morte de froid.  Tous ces instants, on peut dire que c'est du bonheur."

Ce serait bien réducteur de considérer Marceline Loridan-Ivens uniquement comme une victime des bourreaux fascistes. Après les camps, il y a aussi eu sa période de fête à Saint-Germain-des-Prés. 

C'est surtout une femme d'une énergie incroyable, avec des combats et des prises de position devant lesquels je m'incline bien bas. Féministe et gauchiste, elle a soutenu le combat pour l'avortement et a toujours eu une vision humaine des ouvriers. Au niveau international, elle a bravé tous les dangers pour son rêve d'un monde meilleur : après avoir aidé le FLN, elle a failli laisser sa vie sous les bombardements au Vietnam, sur le 17ième parallèle. Les bombes n'ont pas eu raison d'elle, pas plus que les dirigeants chinois. Ces derniers ont d'abord accueilli avec bienveillance Marceline et son époux, avant de les censurer en découvrant leur esprit critique face à la révolution culturelle.

"Nous étions souvent reçus chez son patron, polytechnicien, et je me révoltais contre les conditions de vie des travailleurs algériens employés sur le chantier. Ils étaient logés dans des baraquements. Les cadres les tutoyaient ; on sentait une familiarité à la limite du mépris. Je ne pouvais pas supporter qu'on traite des êtres humains comme de simples outils de travail."

"J'étais dans l'action, je faisais des films, il fallait résoudre des problèmes, prendre parti, lutter. Je ne pensais plus à moi. Mais il ne s'agissait pas de compassion. C'était abstrait. Même si les bombes et la mort au quotidien étaient bien réelles. C'était la politique. J'étais obsédée par l'idée de participer à une aventure qui changerait le monde ; d'aider les plus misérables, les plus pauvres. En fait,  c'était une illusion. Les gens se libèrent eux-mêmes ou pas du tout."

L'amitié et l'amour ont tenu une place essentielle dans sa vie. J'adore la manière dont elle parle de son amitié avec Simone Veil et son amour fou pour Joris Ivens de 30 ans son aîné, dont le corps "était beau comme un vieux chêne". Leur relation aura duré 28 ans...

 

J'ai découvert avec bonheur la vie de cette femme énergique,
idéaliste, combative, courageuse, élégante et résolument féminine...

 

L'avis de Keisha, qui m'a donné envie de lire ce très beau livre...

 

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 23:08

Indignez-vous SHessel 

Quatrième de couverture

« 93 ans. La fin n’est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil National de la Résistance ! » Quelle chance de pouvoir nous nourrir de l’expérience de ce grand résistant, réchappé des camps de Buchenwald et de Dora, co-rédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948, élevé à la dignité d’Ambassadeur de France et de Commandeur de

la Légion d’honneur !

Pour Stéphane Hessel, le « motif de base de la Résistance, c’était l’indignation.» Certes, les raisons de s’indigner dans le monde complexe d’aujourd’hui peuvent paraître moins nettes qu’au temps du nazisme. Mais « cherchez et vous trouverez » : l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l’état de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la course au “toujours plus”, à la compétition, la dictature des marchés financiers et jusqu’aux acquis bradés de la Résistance – retraites, Sécurité sociale… Pour être efficace, il faut, comme hier, agir en réseau : Attac, Amnesty, la Fédération internationale des Droits de l’homme… en sont la démonstration.

Alors, on peut croire Stéphane Hessel, et lui emboîter le pas, lorsqu’il appelle à une « insurrection pacifique ».

                                                                 Sylvie Crossman

« Les gouvernements, par définition, n’ont pas de conscience. »

Albert Camus, Témoins n° 5, printemps 1954

 

Avis d'une lectrice du dimanche

Une lecture jubilatoire pour moi !

C'est le cri d'un homme sincère pour soulever la lourde chape 
de passivité et d'indifférence qui délite peu à peu nos démocraties occidentales.

 

Tout d'abord, Stéphane Hessel dresse un constat sans appel : L'élan de progrès culturel et social amorcé après 1945, très fort jusqu'à la fin des années 90, a été brutalement stoppé dès le début des années 2000. Depuis 10 ans, les acquis sociaux, les libertés individuelles et le respect des droits de l'homme sont brutalement attaqués.

 

Ce résistant dans l'âme appelle à un réveil des consciences tant sur la solidarité que sur la défense des droits de l'homme :

"Il nous appartient de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers : pas cette société des sans-papiers, des expulsions, des soupçons à l'égard des immigrés, pas cette société où l'on remet en cause les retraites, les acquis de la Sécurité Sociale, pas cette société où les médias sont entre les mains des nantis, toutes choses que nous aurions refusé de cautionner si nous avions été les véritables héritiers du Conseil National de la Résistance."

 

Il s'insurge contre la destruction, depuis 2008, de notre système éducatif. Il faut prendre conscience que seuls les pays mettant l'accent sur l'éducation des enfants peuvent évoluer socialement, et réussir à s'imposer au niveau de l'économie mondiale. L'auteur ne prend même pas la peine de mentionner les baisses de budget draconniennes et les multiples suppressions de postes, il dénonce des mesures plus profondes et pernicieuses :

"La Résistance en appelait à la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l'instruction la plus développée, sans discrimination ; or, les réformes proposées en 2008 vont à l'encontre de ce projet. De jeunes enseignants, dont je soutiens l'action ont été jusqu'à refuser de les appliquer et ils ont vus leurs salaires amputés en guise de punition. Ils se sont indignés, ont désobéi, ont jugé ces réformes trop éloignées de l'idéal de l'école républicaine, trop au service d'une société de l'argent et ne développant plus assez l'esprit créatif et critique."

 

Hessel alerte sur les risques pour notre démocratie amenés par les politiques économiques actuelles, et dénoncent l'absurdité des arguments amenés par les politiques pour justifier leur démarche de sape des acquis sociaux :

"Une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l'image des Etats fascistes"

"On ose nous dire que l'Etat ne peut plus assurer les coûts de ces mesures citoyennes. Mais comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ? Sinon parce que le pouvoir de l'argent, tellement combattu par la Résistance, n'a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l'Etat. Les banques désormais privatisées se montrent d'abord soucieuses de leurs dividendes, et des très hauts salaires de leurs dirigeants, pas de l'intrêt génral. L'écart entre les plus pauvres et les plus riches n'a jamais été aussi important ; et la course à l'argent, la compétition, autant encouragée."

 

Hessel appellent les politiques, les intellectuels et les simples citoyens à réagir !

"Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie."

Il rappelle que l'engagement c'est l'affaire de tous. Ce discours fait plaisir à entendre à une époque où une grosse part de la population râle, catalogue les politique de "tous pourris", et en même temps de moins en moins de personnes s'engagent dans les associations pour agir contre les injustices ou défendre leurs idées. La critique est facile lorsqu'on se positionne en simple spectateur...
Pour Hessel l'action de chaque citoyen est possible en s'impliquant par exemple dans les nombreuses organisations non gouvernementales qui se sont créées ces dernières années et font entendre leur voix au niveau mondial : Amnesty, La Ligne des Droits de L'homme, Attac...

 

L'auteur insiste sur le fait que la violence et les révolutions sont toujours néfastes :

"Je suis convaincu que l'avenir appartient à la non-violence, à la conciliation des cultures différentes. C'est par cette voie que l'humanité devra franchir sa prochaine étape." 

 

La deuxième partie du livre de Hessel est délicate car il attaque le comportement d'Israël vis à vis de la Palestine. Il reproche à l'armée d'avoir perpétré de véritables crimes de guerre. Je complètement d'accord avec ses accusations concernant certains actes de violences inadmissibles envers les populations civiles. De plus, je trouve injuste les accusations de racisme et d'anti-sémitisme proférées par certains envers Hessel. Il critique seulement la politique du gouvernement d'Israël et condamne sans ambiguïté les actes terroristes du Hamas. Il est lui-même juif, a connu les camps de concentration.
Juste une petite nuance : le problème oublié par Hessel est que la communauté internationale aura difficilement les moyens de brider cette politique brutale tant que le Hamas et certains pays n'auront pas reconnu explicitement le droit à exister d'Israël.

"Il faut absolument lire le rapport de Richard Goldtrone de septembre 2009 sur Gaza, dans lequel ce juge sud-africain, juif, qui se dit même sioniste, accuse l'armée israélienne d'avoir commis des actes assimilables à des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, à des crimes contre l'humanité pendant son opération "Plomb durci" qui a duré trois semaines."

 "Quant à Gaza, c'est une prison à ciel ouvert pour un million et demi de Palestiniens. Une prison où ils s'organisent pour survivre."

 "On nous a confirmé qu'il y avait eu mille quatre cents morts - femmes, enfants, vieillards inclus dans le camp palestinien - au cours de cette opération "Plomb durci", menée par l'armée israélienne, contre seulement 50 blessés côté israélien. Je partage les conclusions du juge sud-africain. Que les juifs puissent perpétere eux-mêmes des crimes de guerre, c'est insupportable. Hélas, l'histoire donne peu d'exemples de peuples qui tirent les leçons de leur propre histoire."

 

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 09:50

  Le-quai-de-Ouistreham---Florence-Aubenas.jpg

 

Quatrième de couverture

" La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu'en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l'impression d'un monde en train de s'écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J'ai décidé de partir dans une ville française où je n'ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail. J'ai loué une chambre meublée. Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent : j'avais trop à faire là-bas. J'ai conservé mon identité, mon nom, mes papiers, et je me suis inscrite au chômage avec un baccalauréat pour seul bagage. Je suis devenue blonde. Je n'ai plus quitté mes lunettes. Je n'ai touché aucune allocation. Il était convenu que je m'arrêterais le jour où ma recherche aboutirait, c'est-à-dire celui où je décrocherais un CDI. Ce livre raconte ma quête, qui a duré presque six mois, de février à juillet 2009. J'ai gardé ma chambre meublée. J'y suis retournée cet hiver écrire ce livre. ", Florence Aubenas.

 

Avis d'une lectrice du dimanche

Un reportage très bien fait, à lire absolument ! 
Ce n'est pas une oeuvre littéraire, mais un témoignage, une enquête.   

Florence Aubenas s'est installée pendant quelques mois à Caen pour vivre dans les mêmes conditions qu'une femme sans emploi et sans autre diplôme que le bac. Elle décrit son parcours du combattant à l'ANPE et ensuite avec des employeurs toujours plus exigeants.

Dans cette ville sinistrée au niveau de l'emploi, la seule perspective professionnelle pour le profil choisi par Forence Aubenas réside dans les ménages. Les entrevues au Pôle Emploi sont souvent humiliantes et n'amènent pas grand chose.

 Les employeurs proposent des heures de ménage comme s'ils accordaient des faveurs. Les horaires sont très inconfortables et surtout ces femmes sont payées 2 heures pour en fait 3 ou 4 heures de travail acharné. C'est systématiquement de l'exploitation.

Le quotidien s'apparente à de la survie. Leur revenu les enlise souvent en de-dessous du seuil de pauvreté. L'accès au logement et à la nourriture est problématique. Se soigner correctement relève de la science fiction. Peu de médecins et de dentistes acceptent de soigner les malades pris en charge par la CMU. C'est moche n'est-ce pas ?

Mais ce que j'ai trouvé le plus navrant dans ce reportage, c'est le mépris des gens pour les femmes de ménage et les caissières. La cerise sur le gâteau, c'est le mépris des syndicats pour ces professions précaires, et pour les femmes en général. Quelle honte venant d'organisations chargées de lutter pour plus d'équité dans notre société :  

"Victoria et Fanfan avaient créé la section des "précaires" qui devait réunir la masse montante des travailleurs aux emplois éclatés, les employés d'hypermarchés, les intérimaires, les femmes de ménage ou les sous-traitants. Le syndicalisme n'était pas une affaire facile dans ce monde d'hommes, organisé autour des grosses sections, les métallos, les chantiers navals, les PTT."

"Dans les manifs, certains avaient honte d'être vus à côté des caissières de Continent ou des femmes avec un balai. C'était leur grève à eux, leur marche à eux, leur banderole à eux, leur syndicat à eux".

"Cela devait être au début des années 80, à une réunion bien sûr, où Victoria donnait encore une fois le point de vue des femmes de ménage. Un copain lui a coupé la parole. "Je me rends compte que les militants ne passent plus jamais le balai dans les locaux. On cherche quelqu'un pour le faire. Pourquoi pas toi, Victoria, quelques heures par semaine ? Tu serais salariée."

"Un responsable est nommé pour diriger la section des "précaires", un vrai lettré, bardé de diplômes. "Il faut un intellectuel pour représenter dignement le syndicat, disent les permanents. On ne peut quand même pas envoyer une caissière ou une femme de ménage aux réunions."

Florence Aubenas nous amène à mieux regarder autour de nous et à réaliser que de plus en plus de gens vivent dans des conditions précaires, sans revenu décent. La plus grande leçon de ce reportage est la question des classes sociales. Un mépris croissant salit toute une population désargentée et laborieuse. 

 

L'avis de Claudia

 

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 00:01

J'aime beaucoup l'hebdomadaire Courrier International pour la qualité des enquêtes et des dossiers.

Pourtant ce qui représente à mes yeux leur plus grande qualité est de nous montrer l'image donnée par la France dans la communauté internationale.

Les articles des journaux étrangers sont souvent édifiants et nous remettent en question de manière plus efficace que la presse nationale, plus chauvine et nombriliste.

Le n° 1027 de Courrier International, du 8 au 14 juillet, nous présente le portrait peu reluisant de notre pays dressé par la presse étrangère. La corruption est sévèrement jugée, et on oscille entre rire et incompréhension face à l'impunité de la classe politique dans le pays des droits de l'homme...

Courrier International-LA FRANCE PLUMEE

Les titres sont percutants !

  • La scène politique française prend des airs de "vaudeville"
    La Repubblica
  • L'"hyperprésident" des débuts a laissé place à un "pouvoir désinvolte"
    Corriere della Sera
  • Un pouvoir qui oublie "la morale, la loyauté envers le peuple et même le simple bon sens
    Neue Zürcher Zeitung
  • Le big bang blig-blig.  
    Le journal du jeudi, Burkina Faso
  • Echec et mat :
    Aujourd'hui, Maroc
  • Air Force One ou Air Force Un ? 
    Der Spiegel, Allemagne
  • De la Rolex à la pénitence :
    El Pais,'Espagne
  • Shakespeare ou Feydeau ?
    La Repubblica, Italie
  • La risible leçon d'économie.
    The independant, Royaume Uni
  • La Tribune de Genève est hilare... C'est compréhensible !  

En découvrant tous ces articles,  j'étais partagée entre le rire, le dégoût et la consternation.

 

Pour info, voici un lien sur un article de Rue89,
qui mentionne le soutien de médias anglophones à Mediapart et aux sites web,
et le new York Times fait référence au Watergate...

 

 

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 10:00

 

Courrier International-MANDELA

 

Courrier International a publié le 25 mai 2010
un hors série d'une centaine de pages
sur l'Afrique du Sud.

Ce beau reportage nous plonge dans ce pays à travers
un portrait de Mandela, le symbole vivant de ce pays.
Des textes, des témoignages et
de splendides photos couleur ou noir et blanc.

 

De nombreux thèmes sont abordés pour faire un état des lieux de l'Afrique du Sud. Les progrés immenses qui ont permis à ce pays d'évoluer sans bain de sang vers une démocratie sont bien sûr soulignés mais les problèmes ne sont pas éludés : la corruption fait rage, les plus pauvres ont chèrement payé la sélection de l'Afrique du Sud pour accueillir la Coupe du monde de foot...

Ce document se focalise beaucoup autour de Mandela tout simplement car c'est un personnage clé et influent qui a modelé le présent de l'Afrique du sud, pour le meilleur et pour le pire.

 

Je ne résiste pas au plaisir de diffuser l'édito de ce hors-série, qui donne vraiment la structure du dossier :

"Mandela a tout de l’icône moderne. Une vie qui tient du conte de fées. Le petit berger de Qunu, du fin fond du pays xhosa, devenu combattant de la liberté, ennemi juré de l’apartheid. Mais celui qui restera dans toutes les mémoires, c’est l’homme aux cheveux déjà blanchis qui accepte de passer vingt-sept années en prison afin de maintenir en vie son idéal. Celui qui deviendra, en 1994, l’incarnation des rêves qui paraissaient les plus fous. Le premier président de l’Afrique du Sud multiraciale. L’homme qui accède au pouvoir et change le monde sans vendre au plus offrant son âme ni ses idéaux de paix, d’égalité et de liberté. “Une Antigone moderne”, selon l’écrivain sud-africain André Brink qui ne cache pas son immense admiration pour lui.

L’image est belle. D’Epinal. Mais “Madiba”, c’est aussi l’homme politique rusé en diable. Le fin diplomate, le solide pragmatique. Celui qui comprend bien vite que le régime d’apartheid est trop puissant pour ne pas faire de l’“ennemi d’hier” le “partenaire de demain”. Pour l’ex-avocat, entré tôt en politique, l’absolue priorité demeure le dialogue avec l’autre, le Blanc ; la “réconciliation raciale”. Adulé par les Blancs élevés dans la crainte d’une guerre civile, le sage Mandela ne fait pas toujours l’unanimité dans les townships. Là où l’on rêve de transformation plus radicale. D’égalitarisme à marche forcée. Au point que certains militants le considèrent désormais comme un “traître à la cause”. A celle des Noirs. L’ex-icône est désormais perçue comme un rallié au capitalisme, honni par ces déshérités.

Au-delà du mythe, de la statue érigée de son vivant et des magnifiques clichés en noir et blanc restera donc un homme. Avec ses grandeurs, mais aussi sa part d’ombre. Ces contrastes en noir et blanc qui ne le rendent que plus humain. Et donc, au final, beaucoup plus grand."

 

Pour prendre soin de nos piles de livres à lire,
plusieurs auteurs Sud-africains sont mis en avant :
Niq Mhlongo, Phaswane Mpe, K. Sello Duiker...

 

 

 

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 13:02

 

Pondichery goa - Franck Pavloff

Quatrième de couverture

Muni d'un carnet à spirale et d'un appareil photo, Franck Pavloff est parti en Inde, au-devant des villes jumelles de son imaginaire d'adolescent : Pondichéry et Goa, où l'Occident chrétien fit ses premières avancées en terre islamo-hindoue.
Il aborde l'Inde par ses trouées, savoure son histoire, plonge dans cette multitude, fraternise avec qui l'accoste sans se soucier des préséances, parfois irrespectueux, toujours bienveillant. Doucement il se laisse envahir, comme son lecteur, par la sérénité, l'énergie, la dévotion et la démesure.  

 

Avis d'une lectrice du dimanche

 

 Franck Pavloff nous offre une immersion originale dans l'Inde d'aujourd'hui, terre de légendes et de contradictions.
Il nous propose des images éloignées des clichés qui saturent les catalogues touristiques.

Le ton est donné dès la première page, avec la citation lancée par Franck Pavloff en guise d'introduction :

"L'homme blanc possède une qualité qui lui a fait faire du chemin : l'irrespect"
Henri Michaux, Un barbare en Asie


L'auteur raconte l'Inde au gré de ses balades, ses rencontres et ses réflexions. Des descriptions sensibles de paysages, de gens, d'odeurs et de bruits enveloppent des interrogations sur l'évolution de l'Inde. Que reste-t-il des cultures française et portugaise dans les villes de Pondichéry et Goa ? L'auteur plonge dans l'histoire et dénonce sans équivoque les méfaits du colonialisme, avec un léger parfum de nostalgie pour certains aspects culturels de cette période. L'Inde a su amalgamer les apports qui se sont ajoutés à sa civilisation déjà extrêmement riche, pour se façonner son visage actuel.

Les paradoxes font partie de l'identité de cette nation. La modernité technologique trébuche sur une forte emprise des religions et des castes. Seules les femmes issues de milieux riches et cultivés parviennent à s'émanciper réellement. Le mysticisme et le pacifisme d'une partie de la population se heurtent aux explosions de violence de quelques poignées d' extrêmistes.
Franck Pavloff nous fait découvrir le raffinement de ce peuple et le respect d'un savoir-vivre délicat.

 

Des photos noir et blanc ponctuent ça et là les digressions, nous amènent plus près encore de cette contrée.

Après avoir refermé ce livre, il reste un serrement de coeur et l'envie de boucler ses valises pour découvrir comment vivent et pensent ces hommes et ces femmes de l'Inde du sud.

 

Quelques extraits :

"Derrière les vitres du bus défilent les tapis-brosses des rizières éclatantes et de sombres palmeraies entrecoupées de villages aux haies d'échoppes poussièreuses, puis à nouveau l'altenance de vert cru, vert cendré, sur mon double siège où nous sommes trois je repousse sans un geste de trop, car on est toujours l'intouchable de quelqu'un, l'épaule pointue de mon voisin de gauche et le coude du gros indien de droite qui grignottent mon espace"... 

 "A l'Alliance française sauront-ils m'expliquer pourquoi une nation continue à véhiculer les mots et la parole du colonisateur qui l'a durement exploitée, pourquoi le Brésil parle la langue de son oppresseur portugais et les pays d'Amérique du Sud l'espagnol, pourquoi les Africains acceptent l'insultant "discours de Dakar" du président français"...

"Le fondement de la pensée indienne est rural, les responsables politiques de l'Inde, contrairement à la Chine n'ont pas essayé de détruire les traditions et les trottoirs s'orneront encore longtemps de vaches roses, le boum des technologies indiennes de l'information fascine l'Occident mais cela ne représente qu'une petite partie du PIB de l'Inde"...

"Mon rapport brouillon aux mythes et au sacré me porte à mélanger avec délectation l'histoire des religions et les contes de Perrault, Judas l'Iscariote avec l'Ogre, la trinité orthodoxe et les incantations des trois petits cochons, les 547 existences de Bouddha avec les 101 dalmatiens, l'origine de ma pensée est magique, son héritage multiple est flou, mes acquis sont éclectiques, mes croyances passagères, ma foi en Dieu lointaine, mais mon espérance en l'humanité, inébranlable".

"Pas un jour sans que je m'arrête nez en l'air devant une échoppe de tissus dont les teintes de soie donnent envie d'y plonger les doigts, une terrasse coulante retenue par un entrelacs de branches en fleur, un mur ocre plâtré d'à-plats qui a inspiré Bonnard, un gigantesque Banyan à figues peuplé de petits singes à pelage gris, un temple hindou au bout d'une ruelle si étroite que Ganesha doit rentrer son ventre rose pour s'y glisser"...

 

La sélection de ces quelques citations a été difficile, j'aurais aimé citer beaucoup d'autres pensées, pointes d'humour, descriptions de paysage et d'habitants...

 

 

Je remercie les éditions 

Logo CARNETS NORD

pour cette belle découverte !

 

 

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