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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 13:00

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Quatrième de couverture

En 2004, à la mort de sa femme, Ivan, écrivain frustré et responsable d'un misérable cabinet vétérinaire de La Havane, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait sur la plage deux lévriers barzoï. Après quelques conversations, "l'homme qui aimait les chiens" lui fait des confidences sur Ramon Mercader, l'assassin de Trotski qu'il semble connaître intimement. Ivan reconstruit les trajectoires de Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotski, et de Ramon Mercader, connu aussi comme Jacques Mornard, la façon dont ils sont devenus les acteurs de l'un des crimes les plus révélateurs du XXe siècle. À partir de l'exil de l'un et l'enfance de l'autre, de la Révolution russe à la guerre d'Espagne, il suit ces deux itinéraires jusqu'à leur rencontre dramatique à Mexico. Ces deux histoires prennent tout leur sens lorsque Ivan y projette ses aventures privées et intellectuelles dans la Cuba contemporaine. Dans une écriture puissante, Leonardo Padura raconte, à travers ses personnages ambigus et convaincants, l'histoire des conséquences du mensonge idéologique et de sa force de destruction sur la grande utopie révolutionnaire du XXe siècle ainsi que ses retombées actuelles dans la vie des individus, en particulier à Cuba. 

 

Avis d'une lectrice du dimanche

coup de coeur (rouge-noir)texte

 

Ce roman historique est d’une densité incroyable, porté par un souffle narratif fabuleux, une analyse sans concession et sans racolage, une écriture ample, généreuse.

 

Leonardo Padura, journaliste et écrivain cubain, dresse le bilan de la plus grande utopie du XXe siècle, le communisme, il nous entraîne dans les méandres des turpitudes de quelques tyrans ambitieux qui ont dévoyé ce bel idéal au profit de leur rêve de puissance, et cette révolution finalement pervertie a broyé la vie de millions d’êtres humains.

L’auteur explore le XXe siècle à travers le déploiement de la révolution communiste dans certaines nations et parallèlement la montée inexorable du fascisme en Europe. L’horreur historique culmine évidemment avec l’avènement simultané de deux monstres : Hitler et Staline. 

Ce roman balaie la période de 1929 jusqu’à nos jours, et se construit autour de la vie de trois hommes : Ivan, un écrivain cubain, Trotski, grand prêtre de la révolution russe, et son assassin, le catalan Ramon Mercader.

Ce livre est truffé de références historiques, littéraires, philosophiques. Leonardo Padura décortique minutieusement la difficulté de s’engager politiquement sans perdre sa pureté, sa tolérance, sans se laisser écraser pas des systèmes puissants.

Que d'informations précieuses pour combler mon abîme d'ignorance sur la période de la guerre civile espagnole ! La toute jeune république, hélas immédiatement moribonde, sera anéantie tout aussi sûrement par les querelles d'influence chez les belligérants républicains que par la violence des Franquistes.

J'ai aimé également les informations sur la situation politique de l'époque dans les différents pays qui ont hébergé (avec plus ou moins de conviction) Trotski pendant sa longue errance.

Malgré la densité de cet ouvrage, la touche romanesque apportée par la création du personnage d’Ivan humanise les événements du passé et tient le lecteur en haleine… en apnée en ce qui me concerne !

Les portraits de Trotski et Ramon Mercader sont extraordinaires, avec une grande finesse psychologique. Il n’est pas possible d’éprouver de l’empathie pour ces hommes qui ont du sang sur les mains mais il est tout aussi impossible de les résumer de façon purement manichéenne.

Leonardo Padura brosse le portrait d’un Trotski idéaliste perdant tout sens de la mesure lorsqu’il s’agit de préserver la révolution russe. Cet homme est relativement sincère, il sait analyser et reconnaître tous les excès commis dès les premières années de la naissance de l’Union Soviétique. Néanmoins, Trotski ne parviendra jamais à se remettre totalement en question, il a déifié la révolution au détriment de la personne humaine, jusqu’à offrir en sacrifice sa vie et celle de ses enfants sur l’autel de la lutte politique :

"Ils auraient dû se demander (nous le sommes-nous jamais demandé ? avouerait-il à Natalia Sedova) s'il était juste d'instaurer le socialisme en marge de la volonté de la majorité ou contre elle. La dictature du prolétariat devait éliminer les classes dominantes, devait-elle aussi réprimer les travailleurs ? L'alternative s'était avérée dramatique et manichéenne : il était impossible de permettre à la volonté populaire de s'exprimer, car elle pouvait inverser le processus lui-même. Mais l'abolition de cette volonté privait le gouvernement bolchevik de sa légitimité fondammentale : au moment où les masses cessèrent de croire, il fallut les faire croire de force. Et ils usèrent de cette force. A Kronstadt, Lev Davidovitch savait bien que la Révolution avait commencé à dévorer ses propres enfants et c'était à lui que revenait le triste honneur d'avoir donné l'ordre d'inaugurer le banquet."

Ramon Mercader était un jeune communiste espagnol lorsqu’il a été remarqué et recruté par les chiens de chasse du Kremlin. Son enfance est marquée du sceau de la folie de Caridad, une mère abusive, hystérique, qui découvre l’exutoire du militantisme pour déverser sa haine. Elle conduira elle aussi ses enfants à leur perte, sans le moindre état d’âme. Plusieurs années d’entraînement, d’endoctrinement et de lavage de cerveau seront nécessaires pour polir l’arme secrète des services secrets soviétiques. Ramon Mercader deviendra le tueur cynique et efficace rêvé par les lieutenants de Staline.

Le personnage le plus attachant est bien sûr Ivan le cubain, l’homme contemporain, qui rencontre un jour sur une plage "L'homme qui aimait les chiens", le "témoin" du meurtre sordide de Trotski. Ivan incarne l’innocence de toute une génération sacrifiée sur l’île de Cuba. Il décrit la peur et la misère qui mène à la mort aussi sûrement que les guerres. A travers Ivan, on découvre aussi l’ampleur de l’ignorance des habitants de l’île sur l’histoire mondiale et ce jusqu’au milieu des années 80.

Ce livre magnifique est un hommage à ce qu’il appelle la « génération perdue » des cubains. Leonardo Padura revendique une sensibilité de gauche, mais en même temps il se veut libre des entraves des organisations politiques ou religieuses. Il relaie dans ce roman le cri de souffrance de toute une génération, tout en montrant qu’il est maintenant possible de faire entendre sa voix sur l’île, dans certaines limites malgré tout. Il ne fait pas de propagande, il ne s'érige pas en justicier et en juge.

Dans ses remerciements à la fin de son livre, Leonardo Padura explique le sens de ce témoignage historique :

"J'ai voulu me servir de l'histoire de l'assassinat de Trotski pour réfléchir à la perversion de la grande utopie du XXe siècle, ce processus où nombreux furent ceux qui engagèrent leur espérance et où nous fûmes tant et tant à perdre nos rêves et notre temps, quand ce ne fut pas notre sang et notre vie." 

 

L'Express propose une belle interview de cet auteur, publiée le 23 février 2011 :
vous pouvez la lire
ICI

 

Un très bel article également dans Courrier international : ICI 

 

  Les avis de : Keisha, Yspaddaden, Mots-à-Mots, Dasola...

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