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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 00:05

La grand mere de Jade



Quatrième de couverture
J'ai beaucoup lu, depuis très longtemps. Je suis une lectrice assidue, une amoureuse des livres. On pourrait le dire ainsi. Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en a jamais rien su pendant toute notre vie commune.
Jade eut l'impression que Mamoune lui assénait cette révélation comme si elle avait fait le trottoir, transformant la lecture en une activité inavouable.

Avis d'une lectrice du dimanche

Coup de coeur !

Ce livre est un hommage à la vie, à l'amour et aux livres !

Jade, trentenaire célibataire, apprend que sa grand-mère, Jeanne, va être placée dans une maison de retraite médicalisée suite à un malaise. Elle vole aussitôt au secours de sa mamoune et l'invite à résider avec elle dans son petit appartement parisien. Jade considérait sa grand-mère comme une gentille paysanne au grand coeur, à la patience infinie et dotée d'un instinct maternel exceptionnel. La mamoune qu'elle va apprendre à découvrir va la surprendre un peu plus chaque jour. Elle se dévoile comme une femme cultivée et complexe dont la passion essentielle est la lecture.
Jade se posait en sauveuse d'une vieille personne sans défense mais finalement la sagesse de sa grand-mère va lui offrir la chance d'appréhender sa vie dans toute sa plénitude. En effet, Jade peine à s'épanouir dans sa vie affective et elle n'aime plus son métier de journaliste. Sa mamoune va l'accompagner dans la relecture et la réécriture de son livre, jusqu'à présent refusé par tous les éditeurs...

Dans une société où les personnes âgées sont souvent considérées comme encombrantes et bonnes à jeter, Frédérique Deghelt les replace à leur position légitime, celle d'êtres humains à part entière, avec leur valeur et leur libre-arbitre.
Des situations inadmissibles sont soulevées : des parents qui ont chéri plusieurs enfants peuvent se retrouver soudain placés en maison de retraite par leur progéniture, juste parce qu'ils ont eu une défaillance. Il semble que la vieillesse nous fasse régresser dans un statut de personne mineure, privée de toute liberté.
L'auteure ne fait pas preuve d'angélisme et n'élude pas les problèmes. Simplement, elle met en lumière la richesse qu'apportent les relations humaines, tout partage d'expérience est précieux !  Elle place le respect au centre du dialogue.

Ce livre m'a rappelé l'urgence de profiter des êtres chers tant qu'ils sont là.
L'écriture est légère, chaleureuse. J'ai dégusté ce roman comme une douceur, une pause dans le temps.

Extraits

"Maintenant quand je parcours ce livre de citations, de poèmes, d'extraits de tous les ouvrages que j'ai aimés, c'est un peu comme si ma vie rêvée se tenait là, blottie entre les pages. Je ne peux jamais relire ce cahier sans qu'il me tire des larmes. Il est ma vie, racontée par les plus grands auteurs du monde. C'est un livre unique, le plus précieux que je possède. J'ai mis mes pas dans les mots que me soufflait le ciel, celui qui abrite mes amours d'écrivains."

"Je me souviens d'avoir été fascinée par le miracle des bons livres qui arrivaient au bon moment de la vie. Ceux qui parfois tombaient des étagères pour venir répondre à des questions que me posait l'existence. J'ai récupéré ainsi la patience à une époque où je serais partie dans l'exaspération, découvert les vertus de l'amour rêvé, abandonné le voyage à d'autres vies, rangé le meurtre au rayon de l'impossible. J'ai tout vécu, j'ai mille ans et je le dois aux livres."

"La mort, c'est la vie aussi. La guerre t'a pris ton frère qui était mon seul fils. La vie est une salope qu'il faut chérir de toutes ses forces. Vis ma fille, prends le bonheur dans chaque instant et pleure les morts sans les rejoindre si ce n'est pas encore ton heure, c'est la moindre des dignités."

"Son image idéale d'une mamoune tout amour qui ne s'énervait jamais en avait été perturbée. Aux commandes d'un ordinateur, sa grand-mère était comme certaines personnes au volant, insolite et prête à tuer..."


D'autres avis :
Choco, Katou, TheomaCuné, Clarabel, Leiloona, Liliba, Anne, BellesachiVeroLa pyrénéenne, Isa, Edelwe, Celsmoon ...


Challenge :


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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 00:05

La chute - Albert Camus

 


Avis d'une lectrice du dimanche

Albert Camus nous livre ici une vision très pessimiste de l’être humain ! Dans cet ouvrage, toutes les valeurs d’hypocrisie, de charité et de grandeur d’âme seraient purement hypocrites.

 

Ce récit fait partie des tous derniers écrits de Camus, il a été édit en 1956.

 

Jean-Baptiste Clamence, autrefois brillant avocat, raconte sa vie à un homme rencontré par hasard à Amsterdam.

Ce roman est écrit sous la forme d’un monologue, aucun autre personnage ne donne la réplique à Jean-Baptiste Clamence.

C’est une confession d’ailleurs qui paraît plutôt complaisante. Jean-Baptiste Clamence avait toutes les apparences du gentilhomme ! Avocat de talent, il se plaisait à défendre la veuve et l’orphelin. Très sociable et généreux donateur pour toutes les œuvres caritatives, il ne comptait aucun ennemi. Grand charmeur de la gent féminine, il parvenait à papillonner auprès de ces dames sans causer trop de blessures. Le personnage qui se profile sous ce verni est beaucoup moins reluisant : le seul amour de sa vie est tout simplement lui-même. Toutes les actions entreprises, même les plus belles, sont uniquement motivées par le désir d’attirer l’attention sur sa petite personne.

Cet équilibre est rompu lorsqu’il assiste au suicide d’une femme sans lui porter secours. Il s’éloigne tranquillement de la scène du drame sans esquisser le moindre geste pour alerter quiconque.

 

La chute du pont de cette femme va coïncider avec la chute morale de Jean-Baptiste. Cette faute impardonnable va le hanter et met en lumière son égoïsme profond, son narcissisme et l’hypocrisie de son existence.  Après une fuite insatisfaisante dans la débauche, il abandonne son ancienne vie et se proclame juge-pénitent. Sa nouvelle mission est d’avouer aux autres ses fautes et de les amener à regarder en eux-mêmes pour y trouver les mêmes dérives.

 

Clamence ne réalise pas cette auto-accusation pour s’amender. En effet, lorsqu’il se pose la question de savoir s’il aimerait revivre la scène de la chute pour réparer sa faute, la réponse est un non catégorique.

 

La critique de la religion est très présente avec diverses métaphores telles que le prêcheur Jean-Baptiste, la chute du paradis, le jugement dernier.

 

J'aime beaucoup le coup de dent vis à vis des religions qui ont tendance à soumettre l'être humain au joug de la culpabilité.
Par contre, l’idée que je trouve un peu trop pessimiste est la conviction d’Albert Camus que les actes de l’homme sont uniquement d’origine égoïste et que sa liberté réside uniquement en une noire lucidité.


J'ai préféré son roman La peste, qui mettait en lumière un idéal d’humanisme avec le combat farouche du médecin pour sauver les malades de ce fléau…

 

 
Cette lecture commune autour de Camus est proposée par Denis et Fabienne. pour le cinquantenaire de la disparition d'Albert Camus, prix Nobel de littérature.


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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 00:10

La cantine littéraire - Liza



Quatrième de couverture

" Le lendemain, elle découvrit le livre déposé sur son paillasson et elle se rendit à l'évidence. Panayotis était bel et bien parti. La porte béante sur la chambre vide le lui confirma. Elle rangea le roman sans même l'ouvrir sur une des étagères, à côté de la poêle en fonte dans laquelle elle avait si souvent fait frire des boulettes de viande parfumées de menthe. Elle en conclut que les marins n'étaient que des escales."


 

Avis d’une lectrice du dimanche

 

J’ai savouré avec gourmandise cette lecture, le sourire au lèvres et parfois une ombre de tristesse.

 

Marie-Armelle s’est drapée depuis toute petite dans un surnom très féminin :  L.

L. a hérité du don le plus précieux : l’amour de la vie. C’est inné, personne ne le lui a appris… Surtout pas sa mère, installée trop confortablement dans le malheur et la rancœur.

Dans un contexte gris, elle pousse comme une belle fleur et butine avec curiosité tout ce que l’existence lui offre. Elle exerce de très nombreuses activités avec facilité et détachement. Les métiers, les amours et les amitiés sont vécus comme des escales intenses et éphémères. Son regard embrasse toujours des horizons plus vastes, plus lointains.

De solides points d’ancrage lui permettent de stabiliser son navire : les livres et la cuisine. Les biographies des grands auteurs la font souvent plus rêver que leurs romans. Quant à la gourmandise, c’est son domaine réservé. Pour apprivoiser les saveurs, c’est elle l’artiste.  Ses recettes généreuses et de belles lectures à voix haute parviennent même à embellir le destin d’une troupe de danseuses anorexiques !

Afin de mieux façonner son monde de mots et de petits plats, L. crée une cantine sous le ciel bleu de la Grèce. Une cantine pour partager tout ce qui lui semble incarner le sel de la vie...


Extraits :

"Il avait bien fallu se rendre à l'évidence. On l'appellerait L.
D'ailleurs, c'était bien plus commode que Marie-Armelle. Et tout aussi féminin. De plus, ça avait l'avantage d'être court. Comme dans la famille on économisait tout, y compris la salive, ça tombait bien."

"Plus tard, on a commencé à la questionner :
- "Qu'est-ce que tu voudras faire quand tu seras grande ?
Elle déclarait solennellement :
- "Quand je serai grande, je serai danseuse nue.
Ca lui avait valu le regard courroucé de la grand-mère. Une paire de claques bien sonnée de la part de la mère. Le grand-père, seul, tentait de dissimuler un sourire, faisant mine de se concentrer sur le contenu de sa blague à tabac."

"L. lit à voix haute les lettres de la Marquise, avec, en bruit de fond, le cri des mouettes et le roulement des vagues. Clément s'endort.
Quand L. n'a pas envie de lire, Clément lui récite des recettes de cuisine. Comme il réciterait des poésies."

"Quand L est seule, dans sa chambre, elle mange toujours aussi peu. Elle se contente d'un festin de mots, piochés ça et là dans ses livres. Elle les met en bouche, les roule entre la langue et le palais, les mordille, les goûte, les suçote, les croque, les mâchouille, les mastique, les avale, les ingére, les déglutit, les digère. Parfois, elle les gobe d'un coup. Elle répugne à les recracher. Encore plus à les vomir. Chaque mot dlivre à sa bouche gourmande un goût, une saveur un arôme particulier. Il y en a qu'elle préfère à d'autres. Ceux qu'elle aime particulièrement ce sont les adjectifs.
Epithètes, ils anoblissent le nom commun.
Attributs, ils renforcent un verbe plat.
L'épithète persille, l'attribut poivre la cuisine de la phrase."


D'autres avis :
Quichottine a également aimé ce roman et le présente de belle manière...
La mansarde bleue...

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 00:05

Mauvaise fille - Justine Levy


 Quatrième de couverture

" Maman est morte, je suis maman, voilà, c'est simple, c'est aussi simple que ça, c'est notre histoire à toutes les trois. Tu en mets du temps à raconter les histoires, je me disais quand elle me racontait une histoire dans mon lit. Là c'est allé vite, si vite, le regard de maman dans le regard de ma fille, c'est là qu'elle est, c'est là que je la retrouve, et dans ses gestes aussi, dans les gestes impatients, un peu brusques, de ma petite fille doublement aimée. Maman vit en Angèle qui court sur une pelouse interdite. Maman me parle et me sourit quand Angèle lance son regard de défi aux adultes qui la rattrapent et la grondent. Maman est là quand Angèle tombe et se relève aussitôt, les dents serrées, pour ne pas pleurer. Elle est dans le cri qu'elle ne pousse pas, dans sa petite grimace d'enfant crâne qui ne compose pas. Partout, dans mon enfant, ma mère a laissé son empreinte. "

 

 

Avis d’une lectrice du dimanche

 

Je suis incapable de dire si j’ai aimé ou non ce roman de Justine Levy. D’ailleurs c’est plutôt une autobiographie. Avec la désagréable impression d’être indiscrète, j’ai eu envie de vite refermer ce livre, et puis je n’ai pas pu. Lorsqu’on ouvre une fenêtre, il est ensuite difficile de s’interdire de regarder.

 

Justine Levy nous livre le portrait de sa mère, femme d'une beauté sublime et inadaptée sociale. Elle a d’une certaine façon aimé sa fille mais elle l’a maltraitée par négligence. Les incidents sont nombreux : oublier d’aller la chercher à la sortie de l’école, laisser la petite seule pendant le week-end, sans manger, avec pour seule compagnie des copines léthargiques et camées jusqu’aux yeux…

Cruelle coïncidence, la longue agonie de sa mère, terrassée par un cancer, coïncide avec la période de grossesse de Justine.

Justine Levy nous délivre aussi quelques moments d’intimité avec son père. On découvre Bernard Henri Levy dans le rôle d’un père attentionné, compréhensif, véritable chevalier servant, mais souvent absent.

 

Suite à cette lecture, que me reste-t-il ? Un peu de déprime, encore plus peur de la maladie, encore plus peur de la mort, peur de perdre les gens que j'aime…
Une certitude : ma prochaine lecture sera positive !

 


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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 00:05


Quatrième de couverture

Michel Marini avait douze ans en 1959. C'était l'époque du rock'n'roll et de la guerre d'Algérie. Lui, il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau. Dans l'arrière-salle du bistrot, il a rencontré Igor, Léonid, Sacha, Imré et les autres. Ces hommes avaient passé le Rideau de Fer pour sauver leur peau. Ils avaient abandonné leurs amours, leur famille, trahi leurs idéaux et tout ce qu'ils étaient. Ils s'étaient retrouvés à Paris dans ce club d'échecs d'arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Et ils étaient liés par un terrible secret que Michel finirait par découvrir. Cette rencontre bouleversa définitivement la vie du jeune garçon. Parce qu'ils étaient tous d'incorrigibles optimistes. Portrait de génération, reconstitution minutieuse d'une époque, chronique douce-amère d'une adolescence : Jean-Michel Guenassia réussit un premier roman étonnant tant par l'ampleur du projet que par l'authenticité qui souffle sur ces pages.

Avis d'une lectrice du dimanche

Abandon ! 

Alléchée par ce beau titre, j'ai essayé à deux reprises de lire ce roman. Quelle frustration d'abandonner ce livre, prix Goncourt des lycéens, et plébiscité dans de très nombreux blogs !
Et bien je suis passée complètement à côté ! Incapable de m'immerger dans l'histoire, je me suis tellement ennuyée que j'ai arrêté mes efforts...
J'espère ne pas décourager les lecteurs car je n'ai lu jusqu'à présent que des avis très élogieux. Simplement, le charme n'a pas opéré sur moi...


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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 00:05

Quatrième de couverture

Paris, 1944. Une petite fille de quatre ans vit dans l'insouciance de la guerre, seule avec sa mère fantasque qu'elle adore. Lorsque revient le père, qu'elle n'a jamais vu, prisonnier de guerre libéré, l'existence de celle qu'on appelle " la petite " est bouleversée. Pour cet intrus qui lui prend sa mère et entend imposer son autorité, elle éprouve d'abord de la haine, de l'effroi aussi devant sa dureté, sa violence, son étrangeté. Puis, avec tout l'excès dont est capable un enfant, elle se met à l'aimer d'un amour absolu, excessif, un peu fou. Mais elle va être à l'origine d'un drame familial dont l'ombre se dessinait dès les premières pages du livre. Qu'est-ce qu'un père ? C'est la question qui court tout au long de cette remontée des souvenirs, poignants mais distanciés, écrits à la troisième personne et dans une grande économie de style. La réponse, lumineuse, nous sera donnée dans les tout derniers mots du texte.

 

Avis d’une lectrice du dimanche

France a un prénom bien difficile à porter pour une toute petite fille de 4 ans. Alors on l'appelle La Petite... Elle ne connaît pas son père, prisonnier de guerre. Sa mère et elle se sont tissé un cocon affectif, exclusif et uniquement féminin. Le retour du père va définitivement faire éclater cet univers, pour le meilleur et pour le pire. Qu'il est donc difficile pour chacun de trouver sa place ! Amour filial et amour de couple s'imbriquent et s'étouffent parfois.
France a grandi. La personnalité d'une femme accomplie se construira finalement au milieu des ruines de sa vie familiale mais avec une faille sur le plan affectif, impossible à combler...

Marie Sizun décrit avec beaucoup de justesse et de sensibilité les relations des enfants avec leurs parents, les mécanismes d’amour, de haine ou d’incompréhension. D'une manière très salutaire, l'auteur abandonne un instant notre regard de parents pour plonger dans le point de vue de l'enfant. 
Marie Sizun se penche sur le rôle de la mère et celui, très différent, du père. 

Merci à Liliba qui m'a fait découvrir cet auteur grâce à son livre voyageur !
 


Avis de lectrices : Liliba, Pimprenelle,  Antigone,  Anne, Stephie, Sylvie, KarineKeisha...

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 00:15


 

Quatrième de couverture

« Ecoutez, mes sœurs !

Ecoutez cette rumeur qui emplit la nuit !

Ecoutez… le bruit des mères !

Des choses sacrées se murmurent dans l’ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d’épices, magie et recettes se côtoient.

Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes séchées, saveurs salées, sucrées.

Onctueuses larmes au palais des hommes ! »

Frasquita Carasco a dans son village du sud de l’Espagne une réputation de magicienne, ou de sorcière. Ses dons se transmettent aux vêtements qu’elle coud, aux objets qu’elle brode : les fleurs de tissu créées pour une robe de mariée sont tellement vivantes qu’elles faneront sous le regard jaloux des villageoises ; un éventail reproduit avec une telle perfection les ailes d’un papillon qu’il s’envolera par la fenêtre ; le cœur de soie qu’elle cache sous le vêtement de la madone menée en procession semble palpiter miraculeusement…

Frasquita a été jouée et perdue par son mari lors d’un combat de coqs. Réprouvée par le village pour cet adultère, la voilà condamnée à l’errance à travers l’Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sans, suivie de ses marmots eux aussi pourvus –ou accablés- de dons surnaturels…

Le roman fait alterner les passages lyriques et les anecdotes cocasses ou cruelles. Le merveilleux ici n’est jamais forcé : il s’inscrit naturellement dans le cycle tragique de la vie.

 

 

Avis d’une lectrice du dimanche

 

Immense coup de cœur !

 

Un livre à lire et à relire encore…

 

J’ai terminé cette magnifique lecture, le cœur serré ! J’aurais tant voulu rester encore dans ce conte lyrique, poétique, décalé, flamboyant, envoûtant…

 

Frasquita et ses enfants nous entraînent dans un fabuleux périple au cœur de l’Andalousie du XIXème siècle. C’est une terre de légendes mais aussi un monde dans lequel les femmes sont brisées par la folie des hommes, la misère et le poids impitoyable des traditions.

 

Frasquita a hérité du don de la couture. Ses mains sont magiques, elle sait coudre aussi bien les tissus que les êtres vivants. Sa mère lui a choisi un époux, comme l’exige la tradition. Las, cet homme est rongé par la folie la plus absurde : une passion pour les poules et particulièrement les coqs de combat. Ce culte entraînera la ruine puis la fuite de sa famille. Frasquita amenera loin de son mari tous ses enfants : Anita, Angela, Pedro, Martirio et Clara. Soledad naîtra plus tard, au terme de sa longue errance. Tous ces personnages hors du commun se débattent pour survivre dans la misère, au milieu des révoltes paysannes.

Une petite boîte en bois transmet aux femmes de cette famille un don particulier à chacune. Elles ne choisissent pas ces dons qui se révèlent souvent des malédictions. Soledad, la plus jeune fille de Frasquita, se rebelle et refuse de perpétuer cette tradition de souffrance. Mais avant d’ensevelir définitivement cette boîte dans l’oubli, elle tient à léguer le récit de l’épopée exceptionnelle de sa famille...

 

Carole Martinez déroule ce roman comme une immense peinture. Sa plume ébauche des images, des métaphores extraordinaires, les sentiments et les êtres vivants prennent corps avec une densité exceptionnelle.

C’est un premier roman et pourtant cette fresque est brodée avec la finesse d’un orfèvre. Le tissage de l’oeuvre a étroitement imbriqué vie, mort, amour, souffrance, désir et révolte…


Quelques extraits :

"Le fil. La broderie. Des enfants comme des perles taillées dans sa chair, des sourires brodés et tant de couleurs sur les tissus pour exprimer sa joie ou sa douleur. Toutes ces couleurs ! Alors pourquoi le blanc la fascinait-il tant ?
Elle devait comprendre et, pour comprendre, broder de nouveau, se remettre à l'ouvrage... Recoudre les bords du monde, empêcher qu'il ne s'éffilochât, qu'il ne se défît. Rapiécer son pauvre José avant qu'il ne se vidât de lui-même. Le rapiécer, le coudre à sa chair à elle, car sinon ils iraient bientôt par les chemins l'un sans l'autre..."

"Dès qu'elle trouvait une issue, Clara s'échappait et, immobile dans la courette, elle s'offrait, paumes ouvertes, aux rayons à peine tièdes d'un astre ligoté par l'hiver qui, perdant chaque jour plus de terrain, ne parvenait plus à se hisser qu'à mi-ciel, et encore avec beaucoup de peine, pour être aussitôt repoussé, basculé par les ombres de l'autre côté du monde, entraînant dans sa chute les longs cils sombres de l'enfant solaire."

"Le tapis donnait à celui qui le regardait une telle sensation de vertie qu'on ne pouvait le fouler qu'avec peine. Pour parvenir à le traverser, les enfants se tenaient aux murs ou portaient leur regard ailleurs.
Ma mère arpenta l'infini à la recherche du fil, du point originel qui déferait tous les autres, sans même comprendre que ce tapis layrinthique était un miroir et que, se penchant ainsi sur lui, l'interrogeant, elle se penchait sur elle-même et se cherchait une issue, la route à prendre quand le tapis aurait disparu.
Et le tapis disparut."

Lorsque la Mort essaie sa robe de bal :
"La belle, désarçonnée par le souffle de la robe rouge qu'elle venait d'enfiler, perdit de son arrogance et le temps fit une pause, légère, imperceptible. Une paix souffla sur le monde et toutes les agonies furent suspendues l'espace d'un regard. La beauté se sentait chez elle dans ce satin de soie aux couleurs violentes au milieu duquel seule sa carnation exceptionnelle pouvait survivre. Mais la trêve ne dura pas."


Merci mille fois à Florinette qui a fait voyager ce livre…

 
Les avis enthousiastes sont très nombreux ! 
Abeille, LilibaKarine, Aifelle, SybilineTheoma,  Sylvie, Biblioblog, Lily et ses livres, Bellesashi, Leiloona, La môme poison, Gambadou, Schlabaya, Aimez-vous lire, Géraldine...

 


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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 00:05

Quatrième de couverture :

Nous sommes à Paris, pendant un mois de mai caniculaire. Autour de l'église Saint-Sulpice évoluent une vingtaine de personnages au gré des mouvement de la vie. Mariage ou enterrement... Grégoire Polet dresse le portrait d'hommes et de femmes à un moment déterminant de leur vie. Tandis que certains voient leurs projets aboutir, d'autres au contraire, sombrent dans le désespoir. Peintres, musiciens ou écrivains, tous ces personnages nous font vivre leurs existences peu ordinaires, teintées d'art et de philosophie.


 

Avis d’une lectrice du dimanche

 

Une lecture très agréable !

 

Il m’est très difficile de définir l’histoire de ce roman car j'en ai plutôt conservé des impressions. J’ai le sentiment d’avoir fait une belle balade dans Paris, surtout dans les milieux d’artistes, puis de m’être posée à la terrasse d’un café pour observer les gens.

Grégoire Polet nous livre des instants de vie d’une vingtaine de personnages, parsemés dans diverses scènes du quotidien telles qu’un mariage et un enterrement, des spectacles, des examens de fin d’études et des rencontres d’étudiants... Certains en sont au bilan de leur vie et d’autres au contraire ébauchent les premières lignes de leur vie d’adulte.

Tout ce petit monde se perd en questions existentielles plus ou moins cruciales ou futiles, amusantes ou pathétiques.

L’auteur pose aussi un regard tendre et sarcastique sur le milieu artistique, dans lequel les imposteurs et parasites côtoient les créateurs authentiques…

 

Un grand merci à Katou qui m’a prêté ce livre et permis de découvrir cet auteur !

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 00:10

 

Quatrième de couverture :

"Ou bien elle rencontrerait un homme, dans le wagon ou au Café de la Gare, un homme qui lui dirait madame vous ne pouvez pas continuer comme ça, donnez-moi la main, prenez mon bras, posez votre sac, ne restez pas debout, c'est fini, vous n'irez plus, ce n'est plus possible, vous allez vous battre, je serai à vos côtés. Un homme ou une femme, après tout, peu importe. Quelqu'un qui comprendrait qu'elle ne peut plus y aller, que chaque jour qui passe elle entame sa substance, elle entame l'essentiel."

Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Au coeur d'une ville sans cesse en mouvement, ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions.Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai.
Les heures souterraines est un roman vibrant et magnifique sur les violences invisibles d'un monde privé de douceur, où l'on risque de se perdre, sans aucun bruit.


Avis d'une lectrice du dimanche :

Un livre magnifique, à lire impérativement pour ne pas s'enfermer ni dans la souffrance ni dans l'indifférence.

Deux personnages à la fois très différents et pourtant semblables par leur mal-être évoluent dans ce roman.

Il s'agit d'abord de Thibault, le médecin urgentiste. Il a choisi son métier parce qu'une blessure à la main lui a interdit une carrière de chirurgien mais aussi parce qu'il a envie de secourir les gens. Il est peu à peu écrasé par la lassitude car il ne parvient plus à rompre son isolement, sa solitude. Il ne trouve pas la douceur d'une relation amoureuse stable. Aucune carapace ne parvient à l'immuniser face à la misère et les malheurs quotidiens de ses patients... Ce portrait m'a touchée car il est authentique mais hélas aucune solution n'apparaît... Seul le hasard fera bien les choses ou au contraire se détournera de cet homme.

Mathilde est sans aucun doute le personnage que j'ai préféré.  Veuve avec deux enfants, cette belle jeune femme a un caractère positif et enjoué. La malchance l'a faite chanceler une première fois en lui enlevant l'homme de sa vie. Mais elle a surmonté cette première épreuve sans se plaindre et a réussi son challenge : depuis huit ans, elle offre à ses enfants ses rires et sa joie de vivre. 
Le deuil n'a pu entamer la vitalité de Mathilde, ce sera finalement le milieu professionnel qui l'abattra. Delphine de Vigan décortique de manière méthodique le mécanisme du harcèlement au travail.
Pour un détail malheureux, Mathilde ne trouve plus grâce aux yeux de son chef hiérarchique. Ce dernier entreprend une démarche vicieuse et sournoise de démolition : il l'exclut du groupe, ne lui donne plus aucune info, lui retire peu à peu ses missions, modifie sa feuille de poste, la dénigre auprès de la DRH...  La plupart de ses collègues lui tournent le dos par peur et lâcheté. Mathilde est complètement démunie devant la malveillance gratuite et cette violence feutrée...

Les relations dans le milieu professionnel deviennent inhumaines et beaucoup d'entre nous ont subi ou bien assisté à des démolitions de cette sorte. Chaque fois, l'impuissance et l'incrédulité paralysent à la fois la victime et l'entourage.

A l'heure où dans les grandes entreprises les suicides s'enchaînent dans un climat de passivité générale, cette lecture est indispensable !  

Enfin, des mots clairs sont posés sur des détresses indicibles ! Ce roman est une invitation à plus de solidarité. Delphine de Vigan plaide pour cette vieille valeur si tristement obsolète et qui fait cruellement défaut dans nos vies...


Des avis positifs : Géraldine, Edelwe, Livr'esse, Des livres et moi, Celsmon,...
Des déceptions  : Clarabel, Laurent (A l'ombre du cerisier) ...



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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 00:20

Coup de coeur !

 

Quatrième de couverture

Elle aurait voulu être une bête, au moins ça aurait été clair. Elle est juste professeur de la vie et de la terre, mais il n'y a plus de vie il n y a plus de terre sous ses pieds quand son amant part. Alors au collège, elle n y va pas. Qu'est-ce qu'elle enseignerait, hein ? Son corps enseignant, il est ici. Son intelligence, sa patience, son savoir, tout pourrit sans caresse. Elle se racornit comme les feuilles de certaines plantes quand elles manquent d'eau. Elle peut juste attendre qu'il revienne ou qu'elle reparte le voir. Toute la vie suspendue dans l'intervalle. Sans son corps, elle ne peut pas enseigner C'est comme ça. Elle n'a de tête que si tout le corps vit. Et elle a beau essayer de penser autrement, elle n y arrive pas. Elle pense par la peau. Son corps la mène dans la vie et elle découvre un gouffre. Le corps peut manquer à l'appel. D'une écriture incisive et empathique, Jeanne Benameur brosse le portrait de tous les acteurs d'un collège de banlieue avant les émeutes, questionnant leur présence vive. Avec émotion, elle débusque les symboliques occultées du monde scolaire et les drames intimes de chacun: une brèche s'ouvre pour une pédagogie à rebours de tous les tabous.

 

Avis d’une lectrice du dimanche

 

Un beau roman écrit par une passionnée de l’enseignement, et surtout de l’enseignement public s’il vous plait !

Son écriture, si belle, chaleureuse et humaine, m’a noué les tripes de petits nœuds d’émotion…

 

Jeanne Benameur dresse un tableau réaliste de l’état d’esprit des élèves et des professeurs dans les cités. Elle évoque la frustration et la lassitude des habitants de ces quartiers déshérités. Profs et élèves éprouvent en fait les mêmes colères, les personnalités sont souvent étouffées par le bitume et l’absence de perspectives d’avenir. Chacun des protagonistes ont des vies, des sensibilités, des blessures et des rêves différents. Il est impossible de traiter le cas des élèves dans une globalité qui ne peut que les tirer vers le bas. Chaque étudiant est à considérer individuellement, avec un regard qui s’élève au-delà des notes.


Ce plaidoyer pour une éducation moins rigide, moins étouffée par les programmes, est touchant et plein d’espoir. L’intelligence ne fuit pas les quartiers difficiles, il faut seulement donner l’occasion aux jeunes de faire jaillir les pépites qui sont en eux. Elle rejette l’idée reçue de la paresse des jeunes. Ils ne recherchent pas l’oisiveté et peuvent travailler très dur si la motivation est là.


Le milieu des enseignements est également passé à la loupe car il n’y a pas un corps enseignant, comme on a l’habitude de le qualifier, mais une multitude de visions différentes sur l’éducation, de failles, d’énergies diverses et de méthodes employées.

 

Quelques extraits :

 

"L'école gratuite, nom de Dieu, il faut en profiter !
Quand il voit dans le métro toutes les publicités qui fleurissent pour les officines de cours particuliers, l'exaspération lui brûle la langue.  "Professeurs diplômés et pédagogues", mais eux alors, ici, ils ne sont pas diplômés et pédagogues ? Personne ne se demande si leurs diplômes, leur pédagogie ne seraient pas plus efficaces si on arrêtait avec ces classes à vingt-cinq, à trente, qui ne correspondent plus à rien ? Ceux qui donnent des cours particuliers peuvent, c'est sûr, se targuer de bons résultats. A deux, la connaissance fait son chemin plus vite et mieux qu'à trente, c'est mathématique !"

.

 

" La classe de troisième est sortie du cours de français dans un silence inhabituel. Les élèves sont encore dans la brume de l'histoire lue. La sonnerie les a dérangés. Le professeur de lettres  dit Pour ceux que ça intéresse, au CDI il y a la Lettre au père et une série de la Métamorphose, vous pouvez les demander à Mlle Pascalet.

Pour ceux que ça intéresse.

Il ne rendra pas cette lecture obligatoire. Il est sûr qu'il y aura quelques lecteurs, il l'a senti dans leur écoute, leur lenteur à quitter leurs chaises, la salle. Et s'il n'y en a que quelques-uns, c'est suffisant. Pour une fois, il se fie jusqu'au bout à lui-même. La lecture est un aliment de choix, pas du maïs à gaver les oies. Et l'appétit vient en mangeant, il vient aussi à regarder les autres se délecter."

 

 

Moka a également apprécié ce roman !


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