Quatrième de couverture :
Lorsqu'en 1850 il publie David Copperfield, Charles Dickens offre à ses lecteurs le premier roman qu'il ait écrit àla première personne, et, derrière l'histoire de son jeune héros, c'est aussi
parfois la sienne qu'on peut lire. Mais ce que dessinent surtout les douloureuses premières années, le dur apprentissage de la vie dans une fabrique, puis la fuite et l'errance picaresque du jeune
Copperfield, c'est un roman de formation où le personnage se fait son propre biographe. Il arrive alors qu'on ne sache pas si le réel évoqué est celui que l'enfant vécut au présent ou celui que
l'adulte revisite au passé. Car, d'épreuve en épreuve, c'est une nouvelle image de soi que le narrateur peu à peu reconstruit, avant de devenir lui-même, à la fin du livre, un écrivain semblable à
celui qui, dès le début, a pris la plume pour raconter sa vie - et nous offrir ce qui est encore aujourd'hui le plus grand roman anglais du XIXe siècle.
Avis d'une lectrice du dimanche
Coup de coeur !
Charles Dickens a écrit cette oeuvre de 1849 à 1850. Ce récit relate la vie du héros, David Copperfield, de sa naissance jusqu'à l'âge mur.
Ce roman dense et foisonnant
nous offre une peinture très noire de la société de l'Angleterre Victorienne,
une galerie exceptionnelle de portraits,
un style à la fois poignant et plein d'humour
et enfin un nombre important de détails autobiographiques...
La première partie de la vie de David Copperfield est très difficile et met en relief la misère morale et matérielle subie par un grand nombre d'enfants à cette
époque ! Orphelin de son père, l'enfant est d'abord choyé par sa mère et sa bonne, Peggotty. La douceur de ces toutes premières années va s'éteindre définitivement lors du remariage de
sa mère. L'homme est alors tout puissant dans le foyer, maltraitant femmes et enfants. Les enfants de familles riches sont souvent internés dans des pensions où ils sont battus, les autres
sont obligés de travailler dès leur plus jeune âge. David Copperfield subit tour à tour ces deux situations.
Alors que la situation du jeune Copperfield semble désespérée, sa tante fantasque le prend sous son aile. A force de travail et de persévérance, David Copperfield accède finalement à
l'éducation, un privilège !
Le malheur des enfants, souvent soumis à de la maltraitance, est longuement évoqué.
Ensuite vient la peinture de la seconde catégorie souffrant le plus en ce terrible 19ème siècle : les femmes !
Dickens montre grâce à une foule d'exemplaires que peu de représentantes de la gent féminine peuvent se prévaloir d'une vie satisfaisante !
Les plus humbles, comme Peggotty, sont bonnes dans les maisons bourgeoises. Les femmes de petite condition à qui la nature a offert la beauté, deviennent des proies pour les aristocrates
avant d'être rejetées, déshonorées.
Les veuves, comme La mère de David Copperfield, tombent souvent sous le joug d'un mari haineux et n'ont même plus la liberté de chérir leurs enfants.
Les jeunes filles riches sont élevées comme des petits chiens de compagnie, transformées en petits êtres fragiles, souvent idiots et incapables de gérer correctement leur vie, leur maison et leurs
enfants.
Les seules femmes qui survivent dignement dans cette société Victorienne sont celles douées d'une intelligence au-dessus de la moyenne et d'une force de caractère exceptionnelle.
J'ai suivi, subjuguée, les destins de la fantasque Mlle Trotwood, Peggotty, Mme Micawber, Mme Strong, la belle P'tite Emilie et la douce Agnès. il est difficile de ne pas éprouver à la
fois pitié et exaspération avec les portraits de la mère de David et ensuite Dora !
Après l'amour familial, Charles Dickens exalte l'amitié virile et sincère. Des caractères plus ou moins attachants gravitent autour de notre héros : l'aristocrate gâté James
Steetforth, le fidèle Traddles, l'original M Micawber, la compassion de Mr Dick, la générosité sans borne de M Strong, la figure idéale du père incarneée par M. Peggotty...
Des méchants sont décrits avec la même fureur et la même absence de nuance que ceux qui peuplent les contes pour enfants !
J'ai évidemment frémi face aux personnages de M. Murdstone, le beau-père et tortionnaire de David, et ensuite l'odieux Uriah Heep, caricature de l'arriviste malveillant...
Le flux migratoire vers l'Australie est également évoqué. Cette destination représente le dernier espoir pour un certain nombre d'anglais désespérés et rejetés par la société fermée du vieux
continent.
Quelques extraits :
"Je suis au nombre des douze sténographes qui recueillent les débats du Parlement pour un journal du matin. Tous les soirs, je prends note de prédictions qui ne
s'accompliront jamais ; de professions de foi auxquelles on n'est jamais fidèle ; d'explications qui n'ont pas d'autre but que de mystifier le bon public. Je me vautre dans les mots. La
Grande-Bretagne, cette malheureuse vierge qu'on met à toutes les sauces, je la vois toujours devant moi comme une volaille bien troussée, embrochée sur des plumes de bureau et pieds et poings liés
par un de ces rubans rouges qui servent à attacher les dossiers. Je suis assez au courant des mystères de la coulisse pour apprécier à sa valeur la vie politique : aussi je suis à cet égard un
incrédule fini ; jamais on ne me convertira la-dessus."
"Les tantes de Dora s'accordèrent bientôt pour regarder ma tante comme une personne excentrique et tant soit peu masculine, mais d'une grande intelligence ; et, quoique ma tante exprimât parfois,
sur certaines convenances sociales, des opinions hérétiques qui ébouriffaient les tantes de Dora, cependant elle m'aimait trop pour ne pas sacrifier à l'harmonie générale quelques-unes de ses
singularités."
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