Quatrième de couverture :
Un homme sans nom dont on ne sait rien, pas même le crime, vient d'être condamné à la guillotine : il ne lui reste que quelques jours à vivre. Dans l'attente de son exécution, il consigne ses
dernières pensées et sensations : son journal suit le flot chaotique de sa conscience, avec des moments de panique, des sursauts d'espoir ou de révolte, et une hantise - celle de la mort qui vient.
Cette histoire, Victor Hugo espère qu'elle sera "un jour utile à d'autres"...
Texte d'une inaltérable actualité et premier acte d'un combat dont Hugo demeurera le symbole, Le dernier jour d'un condamné (1829) se présente comme "la plaidoirie générale et permanente pour tous
les accusés présents et à venir". Et reste sans doute le plus grand réquisitoire jamais écrit contre la peine de mort.
Avis d'une lectrice du dimanche :
Un réquisitoire contre l'ignominie de la peine de mort,
virulent, indigné, sincère...
Victor Hugo rédige ce pamphlet contre la peine de mort sans chercher à atténuer son propos par un quelconque langage diplomatique. Il renvoie le lecteur à sa conscience : la société commet un crime
de sang froid, exactement le même forfait pour lequel le condamné est accusé...
Une préface écrite en 1932,introduit ce récit et conceptualise la pensée de Victor Hugo. Ce dernier donne tous les arguments possibles pour expliquer sa position et tenter de convaincre. Les
partisans de la peine de mort en prennent pour leur grade car tout y passe : accidents horribles de guillotine mal aiguisée, repas dominical en toute bonne conscience des gens responsables de ces
meurtres avec préméditation et orchestrés comme un spectacle populaire...
Ensuite vient le journal du condamné à mort. Sont décrites les 6 semaines de torture morale d'un être humain qui connaît la date exacte de son exécution. Victor Hugo sait à merveille bousculer les
consciences !
Le crime du condamné n'est pas cité et passe en arrière-plan par rapport à l'horreur de ce que la société bien pensante lui fait subir.
J'ai retrouvé la même émotion que celle contenue dans le témoignage d'un autre grand Monsieur :
Son talent littéraire n'est certes pas à comparer à la plume de Victor Hugo
mais sa lutte acharnée a permis la réalisation d'un rêve :
Le 9 octobre 1981, la peine de mort est abolie.
Victor Hugo était persuadé que le 19ème siècle verrait cet grand
évènement,
il aura fallu attendre la fin du XXième siècle pour que
la France abandonne enfin la sauvagerie de la guillotine.
Quelques extraits :
"Il est dix heures.
Ô ma pauvre petite fille ! encore six heures, et je serai mort ! Je serai quelque chose d'immonde qui traînera sur la table froide des amphithéâtre ; une tête qu'on moulera d'un côté, un
tronc qu'on disséquera de l'autre; puis de ce qui restera, on en mettra plein une bière, et le tout ira à Clamart.
Voilà ce qu'ils vont faire de ton père, ces hommes dont aucun ne me hait, qui tous me plaignent et tous pourraient me sauver. Ils vont me tuer. Comprends-tu cela, Marie ? me tuer de sang-froid, en
cérémonie, pour le bien de la chose ! Ah ! Grand Dieu !
Pauvre petite, ton père, qui t'aimait tant, ton père qui baisait ton petit cou blanc et parfumé, qui passait la main sans cesse dans les boucles de tes cheveux comme sur de la soie, qui prenait ton
joli visage rond dans sa main, qui te faisait sauter sur ses genoux, et le soir joignait tes deux petites mains pour prier Dieu !!
Qui est-ce qui te fera tout cela maintenant ? Qui est-ce qui t'aimera ? Tous les enfants de ton âge auront des pères, excepté toi. Comment te déshabiteras-tu, mon enfant, du jour de l'an, des
étrennes, des beaux joujoux, des bonbons et des baisers ? Comme te déshabitueras-tu, malheureuse orpheline, de boire et de manger ?
Oh ! si ces jurés l'avaient vue, au moins, ma jolie petite Marie, ils auraient compris qu'il ne faut pas tuer le père d'un enfant de trois ans."
"Ils disent que ce n'est rien, qu'on ne souffre pas, que c'est une fin douce, que la mort de cette façon est bien simplifiée.
Eh ! qu'est-ce donc que cette agonie de six semaines et ce râle de tout un jour ? Qu'est-ce que les angoisses de cette journée irréparable, qui s'écoule si lentement et si vite ? Qu'est-ce que
cette échelle de tortures qui aboutit à l'échafaud?
Apparemment ce n'est pas là souffrir.
Ne sont-ce pas les mêmes convulsions, que le sang s'épuise goutte à goutte, ou que l'intelligence s'éteigne pensée à pensée ?
Et puis, on ne souffre pas, en sont-ils sûrs ? Qui le leur a dit ? Conte-t-on que jamais une tête coupée se soit dressée sanglante au bord du panier, et qu'elle ait crié au peuple : Cela ne fait
pas mal !"
Les classiques ne se démodent jamais !
Cette lecture est indispensable
car la peine de mort est encore en vigueur
dans de nombreux pays...
Et aussi parce que certains souhaiteraient un retour à la barbarie
en la rétablissant en France...
Le devoir de mémoire nous évitera peut-être de renouveler les horreurs du passé.