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Quatrième de couverture
Paulina éclata de rire :
- Vous m'avez dit l'autre jour, sur le Schlangenberg, que vous êtiez prêt, sur un mot de moi, à vous jeter en bas, la tête la première et nous étions bien à mille pieds de haut. Je dirai ce mot un jour, uniquement pour voir si vous vous exécutez et soyez certain que je montrerai du caractère. Je vous hais justement parce que je vous ai permis tellement de choses, et je vous hais encore plus parce que vous m'êtes si nécessaire.
Avis d'une lectrice du dimanche
Roman déconcertant mais intéressant...
Alexei Ivanovitch est le précepteur des enfants d’un général à la retraite. Il suit cette famille pour s'établir à Roulettembourg consacrée au jeu, (cité inventée avec ironie par Dostoïevski). Le jeune homme tombe éperduement amoureux de Pauline, la belle-fille du général. Cette dernière, orgueilleuse, méprisante et instable dans ses sentiments, lui préfère un français, Des Grieux.
Alexeï Ivanovitch perd tous ses repères au sein de cette famille oisive. Il sombre dans la passion du jeu, qui deviendra rapidement une addiction et le fera passer dans les différentes sphères de la société, des plus hautes aux plus méprisables.
Un personnage excentrique donne du rythme à ce roman ! Le général, ainsi que les courtisans qui gravitent autour de lui, attendent avec impatience le décès de la « Baboulinka » afin de faire main basse sur son héritage. La petite grand-mère déjoue tous leurs pronostics et débarque en pleine forme à Roulettenbourg, avec la ferme intention de ne pas donner un centime aux rapaces de son entourage. La baboulinka, autoritaire et agressive, illustre également l’hystérie du jeu car son intelligence s’évapore dès qu’elle essaie pour la première fois le jeu de la roulette. Elle ne sortira de cet enfer qu’après avoir perdu une grande partie de sa fortune.
Alexei Ivanovitch ne trouve aucune issue pour fuir le jeu. Le héros de ce roman est peu sympathique, sans consistance réelle. Il est une marionnette manipulée par des femmes sans scrupule et sans aucune volonté pour se défaire de son vice.
Alexei est excessif autant dans ses amours, ses vices et ses jugements sur ses pairs !
"Savez-vous qu'un jour je vous tuerai ? Non par jalousie, ni parce que j'aurai cessé de vous aimer ; non, je vous tuerai simplement parce qu'il y a des jours où j'ai envie de vous dévorer. Vous riez..."
"Des Grieux était comme tous les Français, c'est à dire affable et gai quand il fallait et que cela lui était utile et insupportablement ennuyeux quand la nécessité d'être affable et gai avait disparu. Le Français est rarement aimable de premier jet ; on dirait toujours qu'il est aimable par ordre, par calcul. Si, par exemple, il voit la nécessité d'être, à l'encontre de l'ordinaire, fantaisiste, original, la fantaisie la plus absurde et la plus artificielle revêt chez lui des formes admises d'avance et depuis longtemps ramenées au rang des banalités. A l'état naturel, le Français ressort au positivisme le plus bourgeois, le plus mesquin, le plus plat. C'est, somme toute, l'être le plus ennuyeux qui soit au monde. Selon moi, seuls les novices et surtout les jeunes filles russes peuvent tomber sous le charme des Français."
"Elle est petite, très forte, avec un menton épais et rentré qui se confond avec ses joues. Elle a un visage rouge, des petits yeux méchants et effrontés. Sa démarche est pleine de condescendance. Le baron est sec, de haute taille. Son visage de travers est creusé d'une multitude de petites rides ; comme d'habitude en Allemagne, il porte des lunettes ; il a 45 ans. Ses jambes partent presque de sa poitrine : signe de race. Il est vaniteux comme un paon. Un peu lourd. Quelque chose de moutonnier dans l'expression lui tient lieu de profondeur."
Ce roman est plus ou moins autobiographique car Dostoïevski a lui aussi été repoussé par une femme et a sombré longtemps dans le jeu. Il a mis des années pour se défaire de cette passion destructrice. Il est lucide sur cette dépendance et a même tendance à inclure une large partie de ses compatriotes dans ce goût immodéré de la roulette :
"A mon avis, tous les Russes sont ainsi, ou enclins à être ainsi. Si ce n'était pas la roulette, ce serait quelque chose d'approchant. Les exceptions sont trop rares. Vous n'êtes pas le premier à méconnaître le travail (je ne parle pas de votre peuple). La roulette est un jeu russe par excellence. Jusqu'à présent, vous avez été honnête et vous avez préféré vous faire laquais que voler... mais je tremble en pensant à ce qui peut vous arriver dans l'avenir."
Challenges