Ma bibliothèque virtuelle, balades et quelques carnets de voyage
Quatrième de couverture
Le matin de ses soixante-dix-huit ans, Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, calcule que 7 et 8 font 15 : quinze ans, son âge lors de sa déportation au camp d'Auschwitz-Birkenau.
Elle contemple les objets de sa maison, qui réveillent en elle des fragments de sa vie faite de désordres, de révoltes, de provocations et d'engagements sur les marges du monde... 1945 : revenue d'Auschwitz détruite à mort, Marceline se lance dans la vie comme si elle n'avait plus rien à perdre. Elle hante les nuits bleues des caves de Saint-Germain-des-Prés, entre au PC, claque la porte, porte les valises pour le FLN, s'engage pour l'avortement - elle est de tous les combats.
Et rencontre le grand cinéaste Joris Ivens ; la voilà avec lui au Vietnam sous les bombardements, à Pékin pendant la Révolution culturelle... Une grande histoire d'amour et de cinéma commence. Simone Veil, son amie pour la vie, se rappelle que même à Auschwitz Marceline racontait des histoires drôles. Une façon pour elle de survivre à la souffrance omniprésente du souvenir. Ainsi se reconstruit à la première personne, sur une mémoire fuyante et une force de vie contagieuse, la légende intime de Marceline Loridan-Ivens, que le feu des nazis n'a pas pu anéantir.
Avis d'une lectrice du dimanche
Coup de coeur !
J'ai adoré l'autobiographie de cette grande dame !
Cette forte personnalité me fait rêver, suscite chez moi à la fois admiration et émotion...
Marceline Loridan-Ivens a connu les pires camps de concentration, Auschwitz et Birkenau. Malgré les horreurs et des souffrances dont le souvenir la poursuivent encore, les nazis ont perdu, ils n'ont pas brisé son amour de la vie, son envie de connaître bonheur.
Sa personnalité enjouée et rebelle a continué à pétiller même dans les camps. Elle racontait des histoires drôles à ses copines, jouait des tours pendables (expression à prendre ici à la fois au 1er et au 2nd degré !) à ses bourreaux en dérobant de la soupe, en se cachant pour récupérer d'une mauvaise fièvre.
"On sortira par la porte ou par la cheminée"
"La seule chose qui vous intéresse, c'est l'horreur. Mais ça suffit. Vous ne comprendrez rien, vous ne voulez pas comprendre, vous ne faites pas
l'effort. Et l'horreur que je vous décris, ce n'est pas l'horreur, pour vous, puisque ça vous régale. Autant vous parler du bonheur dans les camps.
Comme dit aussi Kertész : "Là-bas aussi, parmi les cheminées, dans les intervalles de la souffrance, il y avait quelque chose qui ressemblait au bonheur". Mais oui. Quand nous n'étions pas battues, quand nous pouvions nous reposer, quand nous parlions avec une copine, quand un jour la soupe était meilleure... Le bonheur de rencontrer mon père, de le voir vivant. Ou de voler un kübel de soupe à la barbe des SS, quel bonheur, je t'emmerde. Les briques empilées par mes copines pour m'éviter d'être au premier rang à cause de ma taille. Et cette planche de bois qu'elles ont trouvé pour me cacher quand j'avais 40 de fièvre, le temps de retrouver des forces, avant de reprendre la pelle et la pioche. Une femme que je ne connais pas, qui m'apporte une veste parce que je tremblais de froid. Une autre qui me tend la main alors que, tombée dans un caniveau plein de boue, avec mes 40 de fièvre, je crois que ça y est, c'est là que je vais mourir. Un geste fondammental, sans lequel je serais peut-être morte de froid. Tous ces instants, on peut dire que c'est du bonheur."
Ce serait bien réducteur de considérer Marceline Loridan-Ivens uniquement comme une victime des bourreaux fascistes. Après les camps, il y a aussi eu sa période de fête à Saint-Germain-des-Prés.
C'est surtout une femme d'une énergie incroyable, avec des combats et des prises de position devant lesquels je m'incline bien bas. Féministe et gauchiste, elle a soutenu le combat pour l'avortement et a toujours eu une vision humaine des ouvriers. Au niveau international, elle a bravé tous les dangers pour son rêve d'un monde meilleur : après avoir aidé le FLN, elle a failli laisser sa vie sous les bombardements au Vietnam, sur le 17ième parallèle. Les bombes n'ont pas eu raison d'elle, pas plus que les dirigeants chinois. Ces derniers ont d'abord accueilli avec bienveillance Marceline et son époux, avant de les censurer en découvrant leur esprit critique face à la révolution culturelle.
"Nous étions souvent reçus chez son patron, polytechnicien, et je me révoltais contre les conditions de vie des travailleurs algériens employés sur le chantier. Ils étaient logés dans des baraquements. Les cadres les tutoyaient ; on sentait une familiarité à la limite du mépris. Je ne pouvais pas supporter qu'on traite des êtres humains comme de simples outils de travail."
"J'étais dans l'action, je faisais des films, il fallait résoudre des problèmes, prendre parti, lutter. Je ne pensais plus à moi. Mais il ne s'agissait pas de compassion. C'était abstrait. Même si les bombes et la mort au quotidien étaient bien réelles. C'était la politique. J'étais obsédée par l'idée de participer à une aventure qui changerait le monde ; d'aider les plus misérables, les plus pauvres. En fait, c'était une illusion. Les gens se libèrent eux-mêmes ou pas du tout."
L'amitié et l'amour ont tenu une place essentielle dans sa vie. J'adore la manière dont elle parle de son amitié avec Simone Veil et son amour fou pour Joris Ivens de 30 ans son aîné, dont le corps "était beau comme un vieux chêne". Leur relation aura duré 28 ans...
J'ai découvert avec bonheur la vie de cette femme énergique,
idéaliste, combative, courageuse, élégante et résolument féminine...
L'avis de Keisha, qui m'a donné envie de lire ce très beau livre...